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1,5 million de m3 de déchets radioactifs sont stockés en France en 2018

L’équivalent en taille de 4 tours Montparnasse ou de 400 piscines olympiques de déchets radioactifs est actuellement stocké sur le territoire français. Depuis le dernier inventaire de 2015, ce sont 85 000 m3 de déchets en plus et ce chiffre est voué à augmenter de nouveau dans les années à venir. Que faire de ces déchets ? Peut-on les stocker en toute sécurité ?

Début juillet 2018, l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) a rendu son inventaire des déchets toxiques actuellement stockés en France et la Commission d’enquête sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires a rendu son rapport. L’occasion de faire un point sur la question du nucléaire en France, l’un des pays les plus « nucléarisés » au monde, avec 58 réacteurs en service.

1,5 million de m3 de déchets radioactifs sont stockés en France en 2018



Le problème du stockage des déchets radioactifs

L’inventaire de l’ANDRA, publié tous les 3 ans. Il dresse un état des lieux des quantités de déchets stockés.

Plus de 1 million de m3 de déchets radioactifs sont actuellement stockés en France ce qui représente 400 piscines olympiques de matières dangereuses.

« 90 % du volume sont des déchets de très faible activité (TFA) ou de faible et moyenne activité à vie courte (FMA-VC), donc d’un niveau de dangerosité jugé relativement faible », a observé Florence Liébard, qui dirige le service de l’inventaire des matières et déchets radioactifs de l’ANDRA. 90 % de ces déchets mettront quelques centaines d’années à cesser d’être radioactifs, mais pour les 10 % restant, il faudra compter sur des milliers d’années.

Les chiffres et observations de l’ANDRA leur permettent également de réfléchir à différents scénarios sur lesquels le gouvernement s’appuie pour décider de la politique énergétique de la France. Un scénario prévoit l’arrêt au bout de 40 ans de nos 58 réacteurs actuellement en service, avec une sortie du nucléaire après ça. D’autres hypothèses sont formulées avec pour base l’exploitation des centrales jusqu’à 50 ou 60 ans comme le préconise EDF, avec pour idée de les remplacer à terme par des EPR ou des réacteurs à neutrons rapides, une technologie plus avancée, mais toujours en cours de développement.

Dans tous les cas, une augmentation significative du volume de déchets radioactifs est à prévoir, d’où la nécessité de trouver des moyens sûrs de les stocker.

La sécurité et la sûreté des installations nucléaires passées au crible dans un rapport

La commission d’enquête dirigée par Paul Christophe a nécessité 5 mois de travail et 83 personnes ont été interrogées sous serment sur des questions importantes concernant la sûreté et la sécurité des installations nucléaires en France. Dans l’avant-propos du rapport, le président de la commission précise que « les travaux de la commission se sont tenus dans un état d’esprit constructif, à défaut d’être toujours consensuels. [et qu’elle] n’est pas tombée dans le piège d’un débat pour ou contre le nucléaire ».

Dans ce rapport, accessible au public, le risque du nucléaire en général n’est pas minimisé. Ce qui s’est passé à Fukoshima a marqué les esprits, montré aussi qu’un accident grave peut se produire et des mesures ont été prises pour renforcer la sécurité des installations en France suite à ce dramatique incident.

Le rapport montre du doigt le problème de la sous-traitance dans le nucléaire, qui pose la question de « la dilution des responsabilités » et génère « une formidable pression sur les prestataires ». Des manquements aux normes de sécurité ont été constatés et le rapport indique que ces non-conformités se multiplient.

Protection des centrales et des transports de déchets contre les menaces terroristes, gestion de crise, question de la sécurité de l’enfouissement des déchets… Les questions posées par le rapport ont été directes et sans concession, beaucoup d’aspects ayant été abordés.

En consultant les réponses apportées par les experts interrogés, un sentiment d’inquiétude persiste. Les mesures de sûreté et de sécurité en vigueur peuvent être grandement améliorées et les risques exceptionnels et imprévisibles devraient être le sujet d’études plus poussées. « M. Pierre-Franck Chevet, le président de l’Autorité de sûreté nucléaire a toutefois répété que la situation était globalement satisfaisante dans notre pays ».

Suite à ce rapport, 33 préconisations ont été faites au gouvernement, qui vont de mieux appréhender les accidents à une meilleure protection des salariés en passant par la prévention des actes de malveillance et le besoin d’une meilleure gestion des déchets.

Comment stocker efficacement les déchets nucléaires ?

Les terriens ne manquent pas de créativité, même lorsqu’il s’agit de se débarrasser de leurs déchets dangereux. Une des solutions envisagées à un moment fut celle d’envoyer tous ces déchets directement dans le Soleil qui a l’avantage d’être loin et de tout brûler. Mais une fusée remplie de déchets radioactifs qui décollerait de la Terre serait une sacrée menace en cas d’accident.

Une des solutions privilégiées est l’enfouissement. Dans les années 70, beaucoup de pays, dont la France, ont organisé des campagnes d’immersion des déchets faiblement toxiques au fond des océans, mais ces pratiques ne sont plus utilisées à présent, également trop risquées.

La Finlande a innové et créé sa propre méthode, Onkalo, qui consiste à creuser 500 m sous terre, y stocker les déchets radioactifs et, une fois le site rempli à sa capacité maximale, de le refermer pour au moins 100 000 ans. Mais 100 000 ans, ça représente des générations et des générations. Et un des problèmes rencontrés est de s’assurer que les générations futures comprennent la dangerosité du site et qu’elles ne soient pas tentées d’aller l’ouvrir et l’explorer. Ça parait relever de la science-fiction, mais en fait pas vraiment lorsqu’on réalise qu’il y a 10 000 ans l’écriture n’existait pas. Où en sera-t-on dans 100 000 ans ? Miser sur la résistance du site sur une si longue période parait être un véritable pari en raison des aléas climatiques et géologiques. Les mouvements de terrain représentent également un danger : ils sont peu prévisibles, spécialement sur une telle durée, et pourraient amener les matières toxiques à se diffuser dans le sol et à se frayer un chemin jusqu’à la surface.

En France, les déchets sont stockés sur différents lieux selon leur dangerosité. Le CSA (Centre de stockage de l’Aube) existe depuis 1992 pour les déchets de faible et moyenne activité à vie courte et le Cires (Centre industriel de regroupement, d’entreposage et de stockage) contient les déchets de très faible activité depuis 2003.

Pour les déchets hautement toxiques, le site de Bure dans la Meuse a été choisi pour le projet d’enfouissement des déchets Cigéo. Mais au contraire de la Finlande, les déchets pourraient être déterrés si on trouve une meilleure solution dans les années — voire les siècles — à venir. En effet, la recherche continue dans ce domaine. Même s’ils sont loin d’aboutir, des travaux sur la transmutation ou le recyclage des déchets radioactifs sont en cours.

Inventaire national des matières et déchets radioactifs 2018 de l’ANDRA.