ASE : un nouveau parcours de santé coordonné pour les enfants placés
De nombreux enfants et adolescents sont pris en charge par l’ASE (aide sociale à l’enfance). Mais derrière cela se cache une réalité sanitaire préoccupante : ces jeunes présentent en moyenne un état de santé plus fragile que celui de leurs pairs, avec des besoins médicaux et psychologiques souvent mal couverts, voire ignorés. Face à ce constat, les pouvoirs publics ont franchi un cap en instaurant officiellement le parcours coordonné et renforcé « Enfance protégée ».
ASE : qui est concerné par ce parcours de soins ?
Le dispositif s’adresse aux mineurs et aux jeunes majeurs de moins de 21 ans pris en charge par l’ASE, qu’ils vivent en dehors de leur milieu familial ou qu’ils continuent à évoluer au sein de leur famille dans le cadre d’un suivi.
L’intégration dans le parcours se fait à l’initiative des services du conseil départemental. Les titulaires de l’autorité parentale sont informés dès l’entrée dans le dispositif, et les familles sont associées au suivi autant que la situation de l’enfant le permet.
Les grandes étapes du parcours « Enfance protégée »
Le parcours débute par un bilan de santé et de prévention, réalisé obligatoirement dès l’entrée du mineur dans le dispositif de protection de l’enfance. Ce premier bilan a pour fonction d’établir un état des lieux physique et psychologique afin d’identifier les besoins de soins prioritaires.
Le parcours s’étend ensuite sur une durée de 12 mois, renouvelable chaque année pour les jeunes qui remplissent toujours les critères d’inclusion. Un bilan annuel est réalisé par le médecin référent tout au long du suivi.
Par ailleurs, un an avant les 18 ans du jeune, un entretien individuel est organisé par le président du conseil départemental. Cet entretien permet de faire le point sur le parcours accompli, d’anticiper la continuité des soins à l’âge adulte et d’amorcer une réflexion sur le projet d’autonomie du jeune.
Enfin, les bénéficiaires peuvent continuer à profiter du dispositif jusqu’à un an après la fin de leur prise en charge par l’ASE, afin d’éviter toute rupture brutale de suivi.
Le médecin référent : pilier central du dispositif
Chaque enfant ou jeune adulte intégré dans le parcours se voit attribuer un médecin référent, désigné en fonction de ses besoins spécifiques. Il peut s’agir d’un médecin généraliste, d’un pédiatre ou d’un spécialiste. Ce professionnel joue un rôle de coordination : il prescrit les traitements ou examens nécessaires, oriente vers des soins de ville courants et peut préconiser un accompagnement en santé mentale, via des séances avec un psychologue, un ergothérapeute ou un psychomotricien.
Pour les situations les plus complexes, le médecin référent peut orienter le jeune vers des structures spécialisées ou des services hospitaliers.
Un déploiement progressif sur le territoire
Le dispositif « Enfance protégée » n’est pas sorti de nulle part : il s’appuie sur les enseignements de deux expérimentations menées entre 2019 et 2025. La première, baptisée PEGASE, ciblait les jeunes enfants jusqu’à 7 ans et reposait sur des bilans renforcés couvrant santé physique, développement et bien-être psychologique. La seconde expérimentait une prise en charge somatique et psychique précoce, adossée à un forfait annuel par enfant financé par l’Assurance maladie.
Fort de ces retours d’expérience, le parcours est désormais déployé progressivement sur l’ensemble du territoire, sous le pilotage des agences régionales de santé (ARS) en lien avec les conseils départementaux. L’objectif est une couverture nationale d’ici 2028.