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Avec le reste à charge zéro les retraités seront les plus impactés par la hausse des prix des mutuelles

Dans le cadre du projet de loi de financement de l’Assurance Maladie, le gouvernement a promis de mettre en place des soins optiques, dentaires et auditifs de base pris en charge à 100 %. Un « zéro reste à charge » pour le patient. Mais les promesses de ne pas augmenter le tarif des mutuelles en contrepartie vont-elles pouvoir être tenues ?
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Malgré l’assurance du Président de la République Emmanuel Macron et de la ministre de la Santé Agnès Buzyn que le prix des cotisations mutuelles n’augmentera pas en 2019 avec la mise en place du « reste à charge zéro », de récentes études montrent que cette nouvelle réforme provoquera non seulement une hausse des tarifs des complémentaires santé, mais aussi que cette hausse des cotisations devrait particulièrement impacter les retraités. Un point sur la situation.

Avec le reste à charge zéro les retraités seront les plus impactés par la hausse des prix des mutuelles


Les mutuelles « obligées de répercuter sur leurs assurés » les couts supplémentaires liés à la réforme

Le cabinet de conseil en assurance santé Santiane.fr a récemment étudié l’impact de la réforme sur les tarifs des complémentaires santé. Les résultats publiés dans le journal Le Parisien montrent clairement que la promesse du gouvernement est « intenable » et que les tarifs des mutuelles vont augmenter pour tout le monde.

Elles sont « obligées de répercuter sur leurs assurés tout ou partie des remboursements supplémentaires liés à la mesure » et cela pourrait provoquer une hausse moyenne des tarifs de « 6,8 % au terme des trois ans de déploiement du dispositif ».

Les seniors seraient les plus impactés par la hausse des tarifs des mutuelles

Déjà contrariés par la hausse de la CSG et le quasi-gel de leurs pensions, les retraités se retrouvent encore une fois perdants dans cette réforme.

« Pour les seniors, gros consommateurs de soins dentaires et d’appareils auditifs, la hausse moyenne de cotisation sera de 9,3 %, explique le PDG de Santiane.fr, Pierre-Alain de Malleray. Pour les moins de 60 ans, l’impact sera limité à + 2,5 % ».

« Concrètement, un couple de retraités qui paye 170 euros par mois pour sa complémentaire santé individuelle verrait sa facture annuelle bondir de 192 euros. », soit une hausse de 16 € par mois, précise Michael Trupin, directeur technique du groupe Santiane.

De plus, les contrats « bas de gamme » seraient voués à disparaitre avec le « reste à charge zéro », car comme l’explique Pierre Alain de Malleray, « soit il faudra leur ajouter des garanties coûteuses, soit ces contrats disparaitront. Dans les deux cas, les seniors seront perdants. »

Si les cotisations augmentent, le zéro reste à charge suffira-t-il pour que tous accèdent aux soins ?

Un autre cabinet de conseil, le cabinet Mercer, est également d’avis que les cotisations vont devoir augmenter. Pour les contrats collectifs des salariés, le cabinet prévoit « une hausse mécanique de 4,6 % sur les contrats entrée de gamme ».

Étant donné ces prévisions, le « reste à charge zéro » ne sera sans doute pas la solution au problème des personnes qui ne peuvent financer leurs soins médicaux. Avec des cotisations mutuelles qui pourraient augmenter de 9,4 % pour les retraités seuls, une catégorie de la population qui renonce de plus en plus aux soins faute de moyens, il est possible qu’on ne voie pas de réel changement par rapport à la situation actuelle.

Pour enfoncer le clou, Jean-Pierre Lacam le délégué général du CTIP (institutions de prévoyance) a déclaré : « Je ne me hasarderais pas à promettre une stabilité des tarifs… », notamment parce que « d’autres motifs de hausses se dessinent ». En effet, au-delà de la mesure du « reste à charge zéro », les cotisations connaitront une hausse de 2,5 % en 2019 à cause de l’augmentation significative des dépenses liées au vieillissement de la population, selon le comparateur Hyperassur. Viendra s’ajouter aussi une taxe de 0,8 % qui ira à la rémunération des médecins.