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Cannabis à usage thérapeutique : le débat continue

La ministre de la Santé n’est pas fondamentalement contre l’usage du cannabis à fumer pour certains malades. L’occasion de faire le point sur ses déclarations et sur la loi en vigueur en France.

Il existe un débat médical en France sur l’intérêt d’utiliser le cannabis à des fins thérapeutiques, mais c’est aussi un débat politique. En effet, pour certains, autoriser le cannabis et ses dérivés pour traiter certaines maladies ou leurs effets secondaires serait un premier pas vers sa légalisation. Un point sur la situation en France.

Cannabis à usage thérapeutique : le débat continue



La législation française et le cannabis

En France, depuis 2013, des médicaments à base de cannabis peuvent faire l’objet d’une AMM (autorisation de mise sur le marché).

Pour le moment, seul le Sativex, un spray destiné à soulager les douleurs de personnes touchées par la sclérose en plaques bénéficie de cette autorisation (depuis janvier 2014), mais il n’est toujours pas commercialisé, en raison d’un désaccord sur son prix de vente.

D’autre part, même si officiellement l’usage du cannabis que ce soit à but récréatif ou thérapeutique est interdit et pénalisé en France, en réalité, c’est le THC, la substance psychoactive du cannabis qui est visé par cette interdiction.

En revanche, le cannabidiol, autre substance active du cannabis possédant moins d’effets secondaires n’est pas interdit par la loi, c’est pourquoi il est possible de trouver des boutiques qui vendent librement du e-liquide pour cigarettes électroniques à base de cannabidiol.

Les effets thérapeutiques de cette molécule ne sont pas encore bien connus à l’heure actuelle et des recherches restent à faire sur ses propriétés addictives. Cependant, « plusieurs laboratoires de recherche ont développé ces études pour examiner les aspects thérapeutiques bénéfiques, notamment sur les troubles psychotiques chez les schizophrènes, les crises d’épilepsie ou alors comme anti douleur ou antistress », explique Stéphanie Caillé-Garnier, chercheur en addictologie au CNRS.

La ministre de la Santé ne s’oppose pas à la cigarette de cannabis

La ministre de la Santé a déclaré mardi 10 juillet qu’elle n’était pas contre la cigarette de cannabis à usage thérapeutique si cela apporte « un plus » en comparaison avec les médicaments sous forme de gélules qui existent déjà sur le marché.

« Ces médicaments sont autorisés, mais ils sont en négociation de prix. Lorsque le prix sera fixé, des personnes vont [y] avoir accès » a-t-elle expliqué sur RMC.

Elle précise, en ce qui concerne le cannabis à fumer, qu’« un certain nombre de recherches sont en cours dans différents pays pour savoir si vraiment cela apporte un plus par rapport aux médicaments en comprimés ».

« Je l’ai dit au parlement, j’attends des notes de mes services pour savoir quelle est la différence entre le cannabis en comprimés et le cannabis en cigarettes pour savoir si nous devons aller plus loin », a déclaré Mme Buzyn, clarifiant le fait qu’elle n’était « pas en train de parler des coffee shops ».

Des élus demandent la légalisation pour un usage thérapeutique

Pour Michel Reynaud, un addictologue interrogé sur RMC, le cannabis, « ça ne guérira pas le cancer ni la sclérose en plaques. Mais c’est un bon médicament de complément pour des maladies graves qui entraînent beaucoup de souffrances. Ça marche sur les contractures de la sclérose en plaques, sur les amaigrissements du SIDA, du cancer, sur les douleurs. Ça a un effet tranquillisant, somnifère antalgique, qui peut empêcher ou diminuer la prise de certains médicaments qui peuvent être plus nocifs ».

Et il n’est pas le seul à le penser. Dans une tribune publiée ce weekend dans Le Parisien, des députés PS, LREM, EELV et des médecins ont réclamé au gouvernement la légalisation du cannabis à usage thérapeutique en France plaidant la cause de 300 000 patients qui pourraient voir leurs souffrances diminuées par son utilisation. Pour ces élus et praticiens de santé, le produit est efficace « dans la gestion de la douleur chronique, des troubles physiques provoqués par les chimiothérapies et des spasmes musculaires liés à la sclérose en plaques ».

33 pays ont déjà autorisé ou dépénalisé le cannabis à usage médical ont-ils également rappelé. Le débat va donc continuer sur l’usage de cette drogue pour les patients, mais une légalisation ou même une dépénalisation dans un autre cadre n’est définitivement pas à l’ordre du jour.