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Déremboursement progressif de l'homéopathie jusqu'en 2021

La ministre de la Santé Agnès Buzyn a suivi l’avis de la HAS (Haute autorité de santé) qui préconisait de ne plus rembourser l’homéopathie en raison du manque d’efficacité avéré de ce type de produits. Comment va se dérouler ce déremboursement progressif et quelles pourraient en être les conséquences ?
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Un déremboursement de l’homéopathie progressif vient d’être acté par la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Elle se range ainsi du côté de la HAS qui avait délivré un avis défavorable au remboursement des remèdes homéopathiques il y a quelques semaines. Comment va s’organiser le déremboursement progressif ? Que vont devenir les médecins homéopathes ? Quel avenir pour les salariés des laboratoires homéopathiques ?

Déremboursement progressif de l’homéopathie jusqu’en 2021


La ministre de la Santé explique sa décision

« J’ai toujours dit que je suivrais l’avis de la haute autorité de santé. Nous avons en France une autorité scientifique dont la mission est d’évaluer l’intérêt des médicaments qui doivent être remboursés par la Sécurité sociale (...) L’homéopathie n’avait jamais été évaluée et je l’ai demandée il y a un an », a déclaré la ministre de la Santé Agnès Buzyn sur RTL.

Des voix s’élèvent pourtant pour dire que la ministre a été victime de la pression des lobbies, chose qu’elle ne dément pas, mais selon elle, « la politique n’a rien à faire dans le remboursement des médicaments. Ils doivent prouver leur utilité (...) On ne doit pas mêler la politique aux résultats scientifiques ».

Agnès Buzyn a également rejeté l’idée d’un remboursement partiel au taux de 15 % au lieu des 30 % actuels. « Ça n’a pas de logique », a-t-elle déclaré. « Il y a énormément de médicaments qui ne sont plus remboursés par la Sécurité sociale (...) Si j’acceptais un taux intermédiaire pour l’homéopathie, tous ces médicaments seraient revenus vers moi ; en demandant des explications. Ça laisse de la place à l’arbitraire ».

Un déremboursement progressif

Au 1er janvier 2020, la prise en charge de l’homéopathie passera de 30 % à 15 %. L’année suivante, les remèdes homéopathiques ne seront plus du tout remboursés. Pour la ministre, cette « période de transition » a pour but de « se laisser le temps de la pédagogie » auprès des patients et « laissera aussi le temps aux industriels de s’organiser ».

L’arrêt du remboursement de l’homéopathie devrait théoriquement faire économiser plus de 126 millions d’euros à la Sécurité sociale. En revanche, la dépense sera plus élevée pour les 7 millions de Français qui se soignent grâce à l’homéopathie, car la TVA sur les remèdes homéopathiques passera de 2,1 à 10 %.

Pour Agnès Buzyn, le déremboursement de l’homéopathie ne devrait presque pas avoir d’impact sur le budget des patients : « Ces médicaments coûtent très peu cher en réalité : le remboursement qui intervient sur ces tubes est de 20, 30, 40 centimes d’euros... Les 1 % de Français qui utilisent le plus l’homéopathie ont un taux de remboursement de l’ordre de 2 euros par mois, donc je ne pense pas que ça grèvera le pouvoir d’achat », a-t-elle déclaré sur RTL.

Conséquences pour les homéopathes et les employés

En ce qui concerne les homéopathes, le déremboursement des médicaments qu’ils prescrivent ne devrait pas beaucoup impacter leur activité. En effet, en raison du prix qui restera relativement bas, leurs patients partisans de l’homéopathie ne devraient pas se rabattre en masse sur les remèdes allopathiques. Par ailleurs, les homéopathes sont avant tout médecins et continueront d’exercer leur métier comme à l’accoutumée.

En revanche, les laboratoires Boiron, leader sur le marché, s’inquiètent d’une mesure qui pourrait selon eux menacer un millier d’emplois — 300 pour les laboratoires Lehning.

« Je ne pense pas que ça pèsera autant sur l’emploi que le dit la firme. Mais je les rencontrerai. Ces entreprises doivent surtout être accompagnées par le ministère de l’Économie et des Finances, si elles se sentent en difficulté », a déclaré Agnès Buzyn. Elle a aussi évoqué les possibilités qui s’ouvrent actuellement sur un marché asiatique de plus en plus demandeur.

La priorité des syndicats pour l’instant est de « gagner du temps » comme l’a expliqué Vincent Mounier de FO. Il estime que 18 mois c’est beaucoup trop juste « pour rebondir » et espère obtenir un délai supplémentaire. La direction de Boiron et les syndicats ont demandé à être reçus par le Président de la République.