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Expérimentation des protections hygiéniques gratuites à l'étude

Ce mardi 28 mai avait lieu la journée mondiale de l’hygiène menstruelle, l’occasion de soulever le problème des 1,7 million de femmes en France qui n’ont pas les moyens d’acheter des serviettes périodiques ou des tampons lorsqu’elles ont leurs règles. Quelles sont les solutions envisagées par le gouvernement ?
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Selon un sondage IFOP de mars 2019, plus d’une femme française sur trois n’aurait pas les moyens financiers de changer aussi souvent que nécessaire de protection périodique. Un chiffre alarmant mis en évidence à l’occasion de la Journée mondiale de l’hygiène menstruelle qui a eu lieu mardi 28 mai. Pour y remédier, le gouvernement envisage d’expérimenter la gratuité de ces produits dans certains lieux fréquentés par des populations précaires.

Expérimentation des protections hygiéniques gratuites à l’étude


La baisse de la TVA a été une première étape

Ce n’est pas la première fois que le problème de la « précarité menstruelle » est soulevé en France. Déjà en 2015, grâce à des campagnes de sensibilisation et à leur présence dans les médias, des collectifs féministes avaient réussi à obtenir une baisse de la TVA sur les produits d’hygiène menstruelle de 20 % à 5,5 %.

« L’évolution des prix montre que cette baisse de TVA a bien profité aux consommatrices » selon le gouvernement. Les associations féministes dénoncent pourtant des prix qui n’ont pas évolué.

Un vrai problème de santé publique

Certaines femmes n’ont pas les moyens financiers de changer de protection aussi souvent qu’elles le devraient, tandis que d’autres se rabattent sur des solutions de fortune et totalement inadaptées en termes d’hygiène (mouchoirs en papier, papier toilette, papier journal ou morceaux de tissus).

Dans les deux cas, ces femmes se retrouvent exposées au risque de développer des vaginoses, des salpingites, des infections des trompes de Phallope, mais aussi le SCT (syndrome du choc toxique), qui peut entrainer de graves infections. Le SCT en particulier est souvent causé par des protections internes du type tampons gardées trop longtemps (au-delà de 8 heures).

En plus des problèmes de santé, la précarité menstruelle a également des conséquences psychologiques : un « sentiment de gêne ou de dégoût peut miner la confiance en soi et constituer un blocage pour certaines démarches, notamment lorsque ces femmes sont en tentative de réinsertion. C’est difficile de passer un entretien d’embauche lorsque vous saignez et que vous n’avez pas de quoi vous protéger », explique Tara Heuzé-Sarmini, la présidente de Règles élémentaires. 17 % des femmes en situation de précarité renonceraient d’ailleurs à sortir de chez elle lorsqu’elles ont leurs règles. (sondage IFOP)

La précarité menstruelle touche 1,7 million de femmes en France

« En prison certaines femmes fabriquent des cups avec des bouteilles en plastique », faute de mieux a indiqué Christelle Dubos, la secrétaire d’État à la Santé.

De son côté, Sébastien Thollot, le secrétaire général du Secours populaire observe que « le “reste à vivre” moyen des personnes accueillies au Secours populaire français est de 5,70 € par jour. Avec ce montant, la question de l’hygiène intime se pose douloureusement ».

Même galère pour certaines étudiantes qui sont parfois à 5 euros près sur leur budget et qui doivent parfois choisir entre protections intimes et nourriture.



Un accès gratuit aux produits d’hygiène menstruelle dans certains lieux

« Les règles des femmes doivent devenir des sujets de politiques publiques : accès gratuit aux protections hygiéniques pour celles en difficulté, transparence de la composition, recyclage, engagement des industriels, innovation », a déclaré Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes au cours de la réunion qui s’est tenue lors de la Journée mondiale de l’Hygiène menstruelle le 28 mai.

La sénatrice LREM Patricia Schillinger vient d’être chargée d’une « mission sur l’expérimentation de la gratuité des protections hygiéniques » et s’interrogera sur « les objectifs et modalités » d’une telle distribution au sein de « lieux collectifs ». La sénatrice avait déjà présenté en décembre dernier un amendement pour l’accès gratuit aux produits d’hygiène menstruelle dans les établissements scolaires, les prisons, ou les hôpitaux.

En plus de faire en sorte que chaque femme puisse accéder à ces produits, le gouvernement souhaite aussi plus de transparence sur ce que contiennent les produits d’hygiène féminine (pesticides, produits toxiques…) et plus de prévention quant à l’utilisation de ceux-ci (prévention contre le SCT notamment).