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Garde d'enfants : quel bilan un an après la réforme du CMG ?

Un an après la réforme du CMG, certaines familles dénoncent une baisse de l’aide. Des députés et l’Unaf proposent plusieurs ajustements.
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Entrée en vigueur en septembre 2025, la réforme du CMG (complément de libre choix du mode de garde) devait mieux adapter cette aide à la réalité des familles employant directement une assistante maternelle ou une garde d’enfants à domicile. Un an après, le bilan est loin de faire consensus : entre familles qui se disent perdantes, craintes d’effets sur l’emploi et appels à un réajustement venus de l’Assemblée nationale elle-même, faisons le point sur ce qui a changé, sur les difficultés remontées du terrain et sur les suites qui pourraient être données à ce dossier.

Garde d’enfants : quel bilan un an après la réforme du CMG ?



La réforme du CMG est entrée en vigueur en septembre 2025

Le complément de libre choix du mode de garde est une aide versée chaque mois par la CAF ou la MSA à environ 800 000 familles pour les accompagner dans le financement de la garde de leur enfant, lorsqu’elles emploient directement une assistante maternelle agréée ou une garde à domicile. Jusqu’en 2025, son montant reposait principalement sur l’âge de l’enfant et les ressources du foyer, sans réellement tenir compte du nombre d’heures de garde effectivement utilisées ni du coût réel supporté par les parents.

C’est précisément ce que la réforme entrée en application le 1er septembre 2025 est venue corriger. Le nouveau mode de calcul prend désormais en compte plusieurs critères combinés : les revenus de la famille, le nombre d’enfants à charge, le nombre d’heures de garde réellement nécessaires, ainsi que le salaire de la personne qui garde l’enfant. Cette bascule s’inscrit dans le cadre plus large du service public de la petite enfance, avec un objectif affiché de rapprocher le coût de la garde individuelle de celui d’un accueil en crèche.

La réforme a également apporté deux évolutions notables pour des situations spécifiques : les parents isolés peuvent désormais percevoir le CMG jusqu’aux 12 ans de leur enfant, contre 6 ans auparavant, et, depuis le 1er décembre 2025, chaque parent d’un enfant en résidence alternée peut percevoir le CMG de manière individuelle, sous réserve de remplir certaines conditions.

Un an après la réforme du CMG : un bilan qui interroge

Si l’objectif de la réforme était de mieux cibler l’aide selon les besoins réels des familles, ses effets concrets sont aujourd’hui contestés par une partie des bénéficiaires. Une enquête menée par l’Union nationale des associations familiales (Unaf) auprès de 1 792 parents fait état d’un ressenti majoritairement négatif : 63 % des répondants s’estiment lésés par la réforme. Plus précisément, 39 % des bénéficiaires interrogés indiquent avoir vu leur aide diminuer, et cette proportion grimpe à 43 % chez les familles ayant besoin d’une garde comprise entre 125 et 150 heures par mois.

Ce constat a été relayé jusqu’en commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale, dans le cadre du rapport d’information déposé le 3 juin 2026 par les députés Thibault Bazin, Sylvie Bonnet, Jérôme Guedj, Océane Godard, Cyrille Isaac-Sibille, Michel Lauzzana, Élise Leboucher et Sébastien Peytavie, à l’issue du « Printemps social de l’évaluation ». Rapporteur général, Thibault Bazin y observe notamment que la réforme a surtout été perçue comme une « complication de l’ensemble des dispositifs existants ».

Un des points de friction identifiés concerne particulièrement les couples biactifs. Selon les débats en commission, les seuils de ressources retenus pénaliseraient rapidement les foyers à deux revenus.

Le risque d’un recul de l’activité des parents

Au-delà du ressenti financier, c’est un effet indirect de la réforme qui inquiète le plus les parlementaires : celui d’un possible recul de l’activité professionnelle des parents concernés. Face à un reste à charge plus élevé, certaines familles envisageraient en effet de réduire leurs heures de garde, quitte à diminuer leur propre temps de travail pour compenser.

Ce type de témoignage a été recueilli directement par l’Unaf auprès des familles interrogées, à l’image de ce couple ayant un seul enfant à charge, qui envisage d’arrêter de recourir à une nounou pour permettre à l’un des deux parents de passer à temps partiel.




Vers un réajustement de la réforme ?

Au-delà du constat, le rapport d’information rendu par la députée Sylvie Bonnet, rapporteure de cette évaluation, formule plusieurs préconisations concrètes pour corriger les effets les plus problématiques de la réforme du CMG.

La première concerne l’universalité de la politique familiale. Aujourd’hui, les foyers dont les ressources mensuelles dépassent 8 500 euros sont purement et simplement exclus du bénéfice de l’aide à la rémunération, même s’ils continuent de bénéficier de la prise en charge des cotisations sociales. Plutôt que d’exclure ces familles, la rapporteure préconise de plafonner le montant de l’aide à ce niveau de ressources.

Deuxième axe : mieux évaluer les effets réels de la réforme sur l’activité professionnelle des parents, et en particulier des mères. La rapporteure invite la direction de la sécurité sociale et les caisses à documenter précisément si les familles gagnantes augmentent leur recours à la garde individuelle, et si les familles perdantes réduisent au contraire leurs heures de travail. Elle insiste sur ce point : le taux d’emploi des mères de famille doit devenir un indicateur central pour juger du succès ou de l’échec de la réforme.

Troisième recommandation : renforcer l’accompagnement de proximité des familles, notamment via le développement des relais petite enfance sur l’ensemble du territoire, afin de mieux informer les parents sur les modes d’accueil disponibles et les démarches à effectuer, dans une logique de guichet unique.

Enfin, le rapport pointe un angle mort de la réforme : le statut des assistantes maternelles et des gardes à domicile elles-mêmes, directement affectées par les arbitrages des familles. La rapporteure appelle le gouvernement, les parlementaires et les professionnels du secteur à engager une réflexion sur l’attractivité du métier, les conditions d’installation et la simplification des relations contractuelles avec les parents employeurs.

Les recommandations de l’Unaf

De son côté, l’Union nationale des associations familiales, à l’origine de l’enquête ayant révélé l’ampleur du mécontentement des familles, formule également plusieurs propositions pour corriger le dispositif. L’association plaide d’abord pour l’instauration d’un plafond au reste à charge des parents, quel que soit le mode d’accueil retenu, afin d’éviter que certaines familles ne se retrouvent avec des dépenses disproportionnées. Elle recommande ensuite de revaloriser le CMG en s’appuyant sur le coût horaire médian réel constaté chez les assistantes maternelles l’année précédente, plutôt que sur la seule inflation, pour mieux suivre l’évolution effective du marché de la garde.

L’Unaf appelle par ailleurs à poursuivre l’évaluation de la réforme une fois les premiers ajustements opérés, afin de continuer à affiner le dispositif dans la durée. Elle met en garde contre une lecture trop simpliste de son succès, qui se limiterait à la seule progression du CMG moyen versé : cet indicateur peut en effet masquer des effets négatifs bien réels pour les familles, comme la disparition progressive des petits contrats horaires ou la hausse des tarifs pratiqués par les assistantes maternelles. Enfin, l’association propose la création d’un observatoire dédié aux restes à charge des familles, doté de critères d’évaluation précis, pour documenter durablement le coût réel de l’accueil du jeune enfant en France.

Notons toutefois que pour l’heure, aucune modification du mode de calcul n’a été annoncée par le gouvernement. La question du CMG s’inscrit cependant dans un calendrier budgétaire contraint, à quelques semaines de la présentation du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027, ce qui pourrait constituer une fenêtre pour d’éventuels ajustements.

 

Rédacteur
Olivier Calcagno
Expert & Rédacteur


D’un naturel curieux, aimant écrire et féru d’actualité, je me suis rapidement orienté vers la rédaction web. Après un détour par la PQR (presse quotidienne régionale), me voici désormais sur démarches administratives, avec toujours la même envie : celle de vous informer le mieux possible.