Passées À venir

La ministre de la Santé s'en prend aux « médecins mercenaires »

La situation actuelle est pour le moins compliquée dans les hôpitaux publics, entre suppression de postes, coupe dans les budgets, déserts médicaux… Dernièrement, ce sont les médecins intérimaires dont les rémunérations sont parfois « indécentes » qui sont dans le collimateur de la ministre de la Santé. Qu’en est-il ?

Un véritable bras de fer a été engagé entre la ministre de la Santé Agnès Buzyn et les médecins intérimaires, notamment avec le SNMRH (Syndicat National des Médecins Remplaçants) créé en mars dernier. Tandis que la ministre leur reproche des salaires trop élevés, certains appellent au boycott des hôpitaux publics cet été. Un point sur la situation.

La ministre de la Santé s’en prend aux « médecins mercenaires »



La France connait une pénurie de médecins

En raison de la limitation du numérus clausus pendant de longues années, « nous n’avons plus assez de médecins sur le territoire pour assurer certaines disciplines, l’obstétrique, les urgences » en particulier a expliqué Agnès Buzyn sur LCI.

En réponse à cette forte demande, des agences intérim se sont spécialisées dans le recrutement et le placement de médecins intérimaires et font monter les prix. Ces agences « proposent des intérimaires qui se font payer entre 2 000 et 3 000 euros la journée. La journée » a insisté la ministre. Une situation inacceptable selon elle, qui met surtout en difficulté les petits hôpitaux qui « n’arrivent pas à recruter » et dont certains postes restent « ouverts ».

« Quand la moitié de la masse salariale passe pour des intérimaires qui travaillent une semaine par mois, ça n’est pas tolérable », a martelé Mme Buzyn, en critiquant des médecins qui « profitent d’un système en tension » et préfèrent « jouer les mercenaires en allant offrir leurs services une journée par mois » plutôt que de s’installer.

Un décret a été signé en janvier pour limiter ces rémunérations trop élevées

Le 1er janvier, le gouvernement a instauré un plafond pour les salaires des médecins intérimaires à 1 404 euros bruts pour une garde de 24 h (soit 58,5 euros l’heure). Ce seuil doit être abaissé progressivement à 1 287 euros en 2019 et 1 070 euros (44,6 euros l’heure) en 2020.

Le conflit est désormais déclaré avec le Syndicat National des Médecins Remplaçants, qui a dénoncé dans un communiqué les « les caricatures volontaires sur les rémunérations ». Pour ces intérimaires, la précarité de leur emploi, les importantes responsabilités et les horaires sont de réelles « contraintes » qui justifient des salaires plus élevés que pour les postes permanents. De plus, ils précisent que leur salaire n’a pas connu de revalorisation ces 17 dernières années.

Les intérimaires appellent au boycott pour cet été

L’été 2018 s’annonce compliqué dans les hôpitaux, notamment dans les petites structures. En effet, le SNMR a lancé un appel au boycott des établissements publics à la période où les intérimaires sont quasi indispensables et extrêmement sollicités. Le Syndicat a également rendu publique la liste des « hôpitaux appliquant le décret », qui payent donc leurs médecins intérimaires moins de 65 euros de l’heure (1560 euros la garde).



Les salaires des « médecins mercenaires » sont difficiles à évaluer

Combien de médecins intérimaires profitent vraiment du système ? Quelles sont leurs rémunérations réelles ? Pour Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des Syndicats Médicaux Français, il est « difficile d’avoir des données très fiables. D’abord, parce que les hôpitaux préfèrent ne pas s’en vanter. Ensuite, parce que les rémunérations sont souvent négociées dans les bureaux feutrés de la direction de l’hôpital » explique-t-il. Mais d’après lui, « si le ministère a fixé un plafond à 1404 euros, c’est bien que les hôpitaux payaient forcément des salaires plus élevés à leurs intérimaires ».

En attendant, on assiste à une situation de blocage qui pourrait encore avoir des conséquences sur les conditions de prise en charge des patients.