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L'Assemblée nationale a voté l'exclusion de l'huile de palme des biocarburants

Trouver des solutions alternatives au pétrole est une nécessité en période de crise écologique. Les biocarburants, issus de ressources beaucoup moins polluantes, sont une priorité, mais le débat fait rage entre ceux qui souhaitent utiliser l’huile de palme dans leur fabrication et ceux qui s’y opposent. Qu’en est-il ?

Vendredi 16 novembre 2018, un amendement qui interdit l’utilisation de l’huile de palme dans la fabrication des biocarburants a été voté à l’Assemblée nationale contre l’avis du gouvernement et du rapporteur général. Cette mesure vise notamment à stopper la déforestation en Asie du Sud-Est. Mais pourquoi ce sujet divise-t-il autant ?

L’Assemblée nationale a voté l’exclusion de l’huile de palme des biocarburants


Un amendement adopté à 22 voix contre 20, contre l’avis du gouvernement

Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement a dénoncé un amendement excluant l’huile de palme des biocarburants qui a été voté à 22 voix contre 20 et qu’il considère comme « totalement contre-productif ».

Le sujet a même divisé les membres du parti LREM, dont 5 députés se sont ralliés à la proposition portée par le député Modem Bruno Millienne, soutenue par l’opposition.

« L’intention de Mr Millienne est extrêmement louable, mais l’effet est totalement contre-productif parce que la mesure va provoquer un report sur le soja, on considère que c’est pire pour la déforestation que l’huile de palme » a déclaré le porte-parole du gouvernement lundi sur BFMTV.

« Nous, ce qu’on est en train de faire, c’est un plan global sur la déforestation. Il était présenté la semaine dernière par François de Rugy. Donc plutôt que de s’intéresser à un petit amendement d’un vendredi soir, je vous propose de regarder le plan global » a-t-il continué.

« Il y a pas que l’huile de palme, il y a le cacao, il y a l’hévéa, il y a le soja, et l’objectif c’est zéro importation de produits qui génèrent de la déforestation en 2030 », a rappelé Benjamin Griveaux.

Une bio raffinerie Total au cœur de la controverse

Une partie de l’usine Total de La Mède, dans les Bouches-du-Rhône, a récemment été transformée en site de production de biocarburant à base d’huile de palme.

Malgré le règlement européen qui interdit l’huile de palme dans les biocarburants, Total avait quand même décidé de maintenir son projet et devait commencer à produire d’ici quelques mois. L’amendement qui vient d’être voté pourrait changer la donne.

L’usine compte 300 employés sur place dont l’avenir est désormais incertain si les avantages fiscaux encourageant l’utilisation d’huile de palme disparaissent et que l’interdiction se confirme. Le vote solennel doit avoir lieu le mardi 20 novembre.

« La transition écologique, si on veut qu’elle soit acceptée, on ne peut pas nous dire “il faut écouter les gens” et quand on a 250 ouvriers qui vont se retrouver sur le carreau, dire “ça ne compte pas” », a exposé Benjamin Griveaux.

Lutter contre la déforestation est désormais une priorité

Pour le porteur de l’amendement Bruno Milienne, c’est un vote qui va dans le sens de la préservation de l’environnement. « Cela fait quinze jours que l’on se bat pour expliquer pourquoi on fait la transition énergétique, pourquoi on rajoute de la taxe carbone, pourquoi on augmente la taxe sur le gazole… Et quand on veut faire du carburant propre en France, on garde l’huile de palme […] L’huile de palme, c’est plus nocif que l’essence », a-t-il expliqué.

« Nous assumons de soutenir une politique impopulaire sur le gazole, mais nous ne voulons pas être pris en flagrant délit d’incohérence », a déclaré Jean-Louis Bourlanges (MoDem).

« Favoriser l’utilisation de l’huile palme c’est accepter que se poursuivent des déforestations », a renchéri Jean-Luc Mélenchon, qui se satisfait de voir « la comédie écolo du gouvernement démasquée ».