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Les seuils de chlordécone autorisés dans la viande et le poisson vont être abaissés

Même si les études manquent encore en France pour que les effets néfastes sur la santé du chlordécone soient prouvés, un arrêté va être signé la semaine prochaine pour en limiter « les seuils acceptables » dans la viande et le poisson.

Le chlordécone est un dangereux pesticide qui a longtemps été utilisé en Guadeloupe et en Martinique pour éradiquer le charançon noir du bananier, un insecte qui détruit les bananeraies. Même si son utilisation a été interdite depuis 1993, les sols sont gravement contaminés et le pesticide pourrait avoir des effets néfastes sur la santé de la population qui y est exposée, d’où la décision du gouvernement de « limiter les valeurs acceptables » de cette substance dans le poisson et la viande. Le point dans cet article.

Les seuils de chlordécone autorisés dans la viande et le poisson vont être abaissés


« Garantir la protection sanitaire de la population »

En juin dernier, une association guadeloupéenne a déposé un recours devant le tribunal administratif de Paris pour demander l’abrogation d’un arrêté de 2008 fixant des LMR (Limites maximales de résidus) de chlordécone dans les produits alimentaires ; limites qui sont selon elle trop hautes. Dès la semaine prochaine, un nouveau décret fixera des seuils plus bas.

« Pour les fruits et légumes, il y a déjà des catégories très claires de légumes qui fixent le chlordécone, et sont donc impropres à la consommation » lorsqu’ils sont issus de terrains contaminés. C’est le cas notamment des légumes racines, particulièrement exposés au pesticide. Pour le ministre de l’Écologie François de Rugy, le nouvel arrêté sur la viande et le poisson « garantira un haut niveau de protection sanitaire pour les consommateurs ».

Les effets du chlordécone sur la santé

Le chlordécone est un perturbateur endocrinien reconnu comme tel par l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) depuis 2012.

Même si lors de son déplacement aux Antilles en septembre 2018, le Président Macron avait déclaré que « l’état des connaissances scientifiques ne permettait pas de certifier la dangerosité de la molécule pour la santé humaine, bien que l’on présume le lien avec les naissances prématurées, les retards de développement cérébral et d’autres pathologies », il avait toutefois assuré que l’État devrait « prendre sa part de responsabilité ».

Selon le sénateur de Guadeloupe Dominique Théophile, les études démontrant le lien entre cancer de la prostate et exposition au chlordécone sont encore « trop peu nombreuses ». L’INC (Institut national du cancer) a toutefois été saisi en avril 2018 pour « mettre en place une étude pour répondre à la question du lien entre exposition au chlordécone et cancer de la prostate ». « Un appel à projets sera lancé au cours du premier semestre 2019 », a déclaré Christelle Dubos, la secrétaire d’État auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé.

En ce qui concerne la reconnaissance du cancer de la prostate comme maladie professionnelle en lien avec l’exposition au pesticide, l’INSERM et l’Anses ont actuellement en cours des travaux d’expertise qui seront « versés à l’instruction des commissions en charge de la création des tableaux de maladies dans le courant du premier semestre 2019 ». « Il convient d’attendre la fin du second semestre 2019 pour voir aboutir la procédure », a précisé Mme Dubos.