Passées À venir

Paris : faut-il généraliser l'ouverture des commerces le dimanche ?

Les avis sont très partagés sur la nécessité d’élargir au Tout-Paris les Zones touristiques internationales (ZTI) où les commerces sont ouverts le dimanche.

Le Conseil de Paris aura lieu les 20,21 et 22 mars prochains. Un des sujets importants qui va sans doute enflammer les débats est l’ouverture des commerces le dimanche dans la capitale. Les pour et les contre : le point sur ce débat.

Paris : faut-il généraliser l’ouverture des commerces le dimanche ?



Les favorables à une ouverture dominicale des commerces généralisée à toute la capitale

Actuellement, il existe 12 ZTI (Zones Touristiques Internationales) à Paris où l’ouverture des commerces est autorisée le dimanche.

Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, a plaidé mardi pour autoriser les commerçants à ouvrir leurs magasins le dimanche dans l’ensemble de Paris, notamment pour faire face à la concurrence internationale des villes comme Londres par exemple, où tout est ouvert 24 heures sur 24, mais aussi la concurrence du commerce des grandes enseignes en ligne comme Amazon.

L’élu du 17e arrondissement, Jérôme Dubus, va dans le même sens et prend également Londres comme exemple : « Paris est la première destination touristique du monde. Pourquoi notre ville se contenterait-elle de quelques zones où les commerces sont autorisés à ouvrir le dimanche quand, à Londres ou dans d’autres métropoles européennes, les boutiques sont massivement ouvertes ? »

« Les touristes ne se concentrent pas seulement dans le quartier des grands magasins ou dans le Marais. Ils se déplacent. Et il n’y a pas de raison que des commerces en limite de ZTI ne puissent pas profiter eux aussi de l’effet d’aubaine », insiste l’ancien délégué général du Medef Île-de-France.

Il ajoute « Les Galeries Lafayette ont créé 1 000 nouveaux emplois et vu leur chiffre d’affaires augmenter de 10 % depuis leur ouverture le dimanche. Les perspectives sur tout Paris sont très encourageantes : 15 000 emplois pourraient être créés selon la Chambre de commerce et d’industrie de Paris ».

M. Griveaux souhaite toutefois que la possibilité de travailler le dimanche reste un choix pour les commerçants et que ce soit décidé avec les employés sur la base du volontariat : « Il faut que chacun ait la liberté de ne pas ouvrir ou la liberté d’ouvrir. Parce que quand vous délimitez des zones, si vous n’êtes pas dans la bonne zone, vous n’avez pas le droit d’ouvrir. Et puis après tout, les commerçants, c’est sans doute eux aussi qui savent le mieux s’il est intéressant pour eux ou pas d’ouvrir dans tel ou tel quartier de Paris », a-t-il argumenté, se disant « très attaché à la liberté, au bon sens ».

Les opposés qui dénoncent un « non-sens social et économique » à l’ouverture des commerces le dimanche

Karl Ghazi, porte-parole de la CGT — Commerce Paris, est un fervent défenseur de la fermeture dominicale. « La création des zones touristiques internationales favorise des phénomènes pervers » notamment quand « les boutiques situées en lisière réclament des dérogations pour faire face à la concurrence des commerces ouverts le dimanche. Dans les ZTI, ce sont les prix des baux commerciaux qui bondissent. Seules les grandes enseignes internationales ont les moyens de s’offrir une vitrine — parfois non rentable — dans ces zones. Les petits commerces, eux, sont contraints de migrer vers les secteurs périphériques, au risque de perdre leur clientèle ».

À propos des déclarations de la droite sur les bénéfices réalisés dans les commerces ouverts le dimanche, il argue : « Les Galeries Lafayette annoncent une augmentation de 10 % de leur chiffre d’affaires. Mais c’est globalement qu’il faudrait apprécier s’il y a eu une hausse de l’activité et de l’emploi. Or, à ce jour, on ne dispose d’aucune étude. Ce ne sont que des affirmations médiatiques ».

Il prédit également la disparition des petits commerçants : « Les petits commerces n’auront pas les moyens d’ouvrir 7 jours sur 7 ni de supporter les contreparties financières liées à l’ouverture dominicale. Ils sont condamnés à disparaitre à terme et le travail le dimanche sera bientôt la norme, tout comme le travail de nuit autorisé jusqu’à minuit dans les ZTI. On sait que les horaires décalés ont un impact sur la santé et rendent difficilement conciliables vie professionnelle et familiale ».

Il s’inquiète de voir le travail le dimanche se généraliser et que ce qui pourrait être un choix au début devienne rapidement une obligation pour les commerçants comme pour les salariés. « Quand on rentre dans une logique d’exception, avec la création de ZTI, on s’oriente vers une généralisation dont les principales victimes sont les salariés qui finiront par perdre les contreparties financières du travail dominical, ainsi que les petits commerçants qui ne pourront pas survivre face à la concurrence effrénée des grandes enseignes ».

Qu’en pensent les Français ?

Un sondage Odoxa de 2015, publié dans le Parisien, montrait il y a 3 ans que 68 % des Français se disaient favorables à l’ouverture des magasins le dimanche, mais qu’également 53 % étant totalement opposés à travailler ce jour !

L’ouverture des commerces représentait déjà un avantage pour la plupart, qui y voyait l’occasion de faire les boutiques, mais les personnes étant prêtes à renoncer à leur repos dominical, qui est souvent décrit comme un moment familial (92 % des personnes interrogées), sont peu nombreuses.

Toutefois, certaines personnes sont prêtes à le faire en contrepartie d’une compensation financière plus intéressante ou de récupération de jour de repos compensatoires.