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Protections intimes féminines : le rapport de l'ANSES et ses préconisations

Une femme a ses règles en moyenne 520 fois dans une vie. La majorité d’entre elles utilisent des tampons et des serviettes périodiques, mais leur utilisation est-elle sans danger ? L’ANSES a publié un rapport sur la sécurité de l’utilisation de ces produits. Qu’en est-il ?
Sommaire

Après une enquête de 60 millions de consommateurs en 2016 qui avaient montré la présence de substances toxiques dans les protections féminines du type tampons ou serviettes hygiéniques, la Direction générale de la santé (DGS) et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ont mandaté l’ANSES pour réaliser une expertise sur le sujet. Leur rapport vient d’être rendu public, que contient-il ?

Protections intimes féminines : le rapport de l’ANSES et ses préconisations



La composition des tampons et serviettes hygiéniques est opaque

Les fabricants de produits d’hygiène féminine rechignent depuis des années à communiquer clairement la composition des serviettes et tampons qu’ils produisent. Officiellement, ils jouent la carte de la concurrence et du secret industriel, mais pourrait-il y avoir d’autres raisons pour ne pas informer complètement les consommatrices ?

Dans la liste comprenant la composition de certains produits d’hygiène publiée par 60 millions de consommateurs en 2016, on pouvait constater que beaucoup de fabricants utilisaient des fibres synthétiques, dans la couche supérieure des serviettes qui se retrouve au contact direct de la peau. C’est souvent un mélange de polypropylène, polyester et polyéthylène qui est utilisé, pourtant, la publicité vante souvent ces protections pour leur douceur « voile de coton ».

Le cœur absorbant des serviettes est, lui, souvent composé de poudres chimiques super absorbantes (SAP) qui sont issues de matières premières dérivées du pétrole, ou de cellulose, un produit issu du bois donc plus « naturel », mais presque systématiquement blanchi au chlore, qui laisse ensuite des résidus de dioxine, toxiques pour la santé humaine et pour la planète.

Les mêmes ingrédients rentrent dans la composition des tampons. Dans le rapport de l’ANSES, il est rappelé qu’« il n’existe pas de règlementation spécifique encadrant la composition, la fabrication ou l’utilisation des produits de protection intime. Les exigences de sécurité entourant les produits de protection intime sont définies par la directive sur la sécurité générale des produits (CE) n° 2001/95/CE ».

Ces produits sont en contact direct avec la muqueuse vaginale, très perméable, et le risque que ces produits toxiques se retrouvent dans l’organisme est élevé (liste des matières premières des références analysées en mars 2016 par 60 millions de consommateurs (serviettes hygiéniques, protège-slips, tampons périodiques).

Le rapport de l’ANSES et ses préconisations

L’expertise menée par l’ANSES avait pour principal but d’étudier la composition des produits intimes et de définir si leur utilisation régulière pouvait présenter un danger pour la santé.

« Aucun dépassement des seuils sanitaires n’a été mis en évidence, par voie cutanée, pour ces substances chimiques détectées ou quantifiées dans les tampons, les serviettes hygiéniques et/ou les protège-slips » peut-on lire dans le rapport, mais « un certain nombre de substances trouvées dans ces protections intimes sont des perturbateurs endocriniens suspectés (Lilial®, HAP, DnOP, lindane, hexachlorobenzène, quintozène, dioxines et furanes) » et d’autres substances sont considérées comme des sensibilisants cutanés connus ou suspectés (substances pouvant provoquer des réactions allergiques).

L’ANSES recommande l’affichage des composants des produits sur les emballages pour mieux informer les utilisatrices, la suppression « de toutes substances parfumantes dans la composition des protections intimes, en priorité celles présentant des effets irritants et sensibilisants cutanés ».

Suite à la découverte dans certains produits potentiellement toxiques de « pesticides dont l’utilisation est interdite en Europe, tels que le lindane, l’hexachlorobenzène ou le quintozène » ou de « pesticides autorisés en Europe (glyphosate) » ou encore de « dioxines/furanes ou d’HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) » pouvant venir des matières premières utilisées, l’Agence recommande une amélioration de la qualité des composants principaux des produits d’hygiène féminine.

La règlementation existante « qui encadre la composition, l’utilisation et la fabrication des produits de protection intime telle que définie [actuellement] n’est pas suffisante, du fait de la présence de substances chimiques dangereuses dans ces produits », indique l’ANSES. L’agence est en faveur « d’un cadre réglementaire plus restrictif afin de limiter la présence de ces substances ».

Manque d’information et manque d’hygiène

En plus de ne pas avoir accès facilement à la composition des produits d’hygiène menstruelle, l’ANSES déplore le manque d’information des femmes à propos du Syndrome du Choc Toxique (SCT). Il s’agit d’une maladie infectieuse rare, mais grave, causée le plus souvent par une bactérie appelée le « staphylocoque doré ». La multiplication de cette bactérie peut causer une infection qui se propage aux principaux organes, et qui dans les cas les plus graves peut provoquer le décès de la personne contaminée.

La contamination par cette bactérie est principalement liée au port de protections périodiques internes (tampons ou coupes menstruelles) pendant une durée trop longue (plus de 4 à 6 h). Durant cette longue période, le sang stagne et les bactéries prolifèrent.

Selon une enquête Opinion Way de 2017, « 79 % des femmes répondantes déclarent garder leur tampon toute la nuit sans le changer, et que près de 30 % des femmes ne changent pas de coupe menstruelle durant toute une journée ».

Pour le SCT, ce n’est donc pas la composition des tampons et « cups » qui est en cause, mais un manque d’information et d’éducation engendrant une méconnaissance des risques concernant la durée du port des produits d’hygiène féminine.

L’ANSES préconise donc que le mode d’utilisation des produits, les mesures d’hygiène qui y sont associées et la durée maximale pendant laquelle ils doivent être portés soient clairement indiqués sur l’emballage.