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Scandale du Mediator : Lancement du procès pour une durée de 6 mois

Le jugement du laboratoire Servier dans le cadre de l’affaire du Mediator a débuté lundi 23 septembre 2019. Un procès qui durera 6 mois.
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Dix ans après le scandale du Mediator, le laboratoire Servier doit rendre des comptes sur le banc des accusés. Le procès s’est ouvert lundi 23 septembre 2019 au tribunal correctionnel de Paris. Le procès s’étendra sur 6 mois, pour s’achever en avril 2020. Explications.

Scandale du Mediator : Lancement du procès pour une durée de 6 mois


Un procès aussi énorme que le scandale généré

Plus de 6 000 pages d’ordonnance de renvoi, 4 981 victimes dont 2 684 se constituant parties civiles, 10 ans de procès, 6 mois d’audience attendus, le jugement des laboratoires Servier s’annonce au moins aussi énorme que le scandale généré par son médicament.

Pour ce procès devant durer 6 mois, pas moins de 3 salles d’audience avec vidéoretransmission et espace de repos pour les victimes seront nécessaires. 25 prévenus, dont 14 personnes physiques seront amenées à intervenir, 376 avocats seront impliqués et 100 témoins minimum seront amenés à comparaître.

Sur le banc des plaignants, les 2 684 victimes se constituant parties civiles attendent beaucoup de ce jugement. Certaines, malgré leurs pathologies très graves, seront présentes et espèrent que leurs voix seront entendues.

Du côté des prévenus, le laboratoire est accusé de « tromperie aggravée avec mise en danger de la santé au préjudice des patients », d’escroquerie, des blessures involontaires et d’homicides involontaires, après avoir dissimulé la vraie nature de leur produit.

Pour rappel, le Mediator était vendu comme coupe-faim et malgré les incidents et les alertes de dangerosité dont il était accusé, le laboratoire a tout fait pour empêcher son retrait du marché.

D’après le rapport d’une expertise judiciaire, il avait été confirmé que le Mediator était à l’origine de graves lésions cardiaques pouvant causer quelque 2 100 décès. Pour l’heure au moins 500 personnes ayant suivi un traitement au Mediator dans leur vie auraient déjà succombé à des complications engendrées par le médicament.

Irène Frachon appelée à témoigner

C’est Irène Frachon, pneumologue de Brest, qui, après avoir fait une étude sur le Mediator, avait découvert sa dangerosité et en avait alerté les autorités.

« Ce que j’avais découvert était dingue. Mais je me heurtais à un tir de barrage en règle de doctes professeurs. J’avais l’impression de leur montrer un éléphant rose, et ils me répondaient tranquillement qu’il s’agissait d’une souris verte » confie-t-elle au Parisien.

Étant à l’initiative du retrait du médicament du marché, survenu en 2009, Irène Frachon sera appelée à témoigner lors du procès des laboratoires Servier.

Servier se défend d’avoir trompé quiconque

Tout comme les victimes, le laboratoire Servier attendait avec impatience cet énorme procès. Les responsables affirment que ce médicament a été à l’origine de nombreux drames et ne le nient pas. Ils s’estiment être de bonne foi, puisqu’en 2011, ils ont mis en place un fonds d’indemnisation ayant permis de dédommager 3 762 patients. Pas moins de 164 millions d’euros ont été reversés aux victimes : un record dans l’hexagone.

Selon le porte-parole du laboratoire, ce procès devrait permettre de démontrer qu’il n’y a pas eu de tromperie de leur part. Une armée d’experts sera donc amenée à défendre le laboratoire pharmaceutique, apportant des éléments scientifiques « n’ayant jamais été entendus lors de cette instruction menée très à charge » a fini par conclure le porte-parole de Servier.



La haute administration de la santé sur le banc des accusés

Servier ne sera pas le seul à être mis en cause dans cette affaire. En effet, la haute administration de la santé est accusée d’entretenir des liens trop intimistes avec l’industrie pharmaceutique. Cette mise en cause amène également l’ex-AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire et des produits de santé), aujourd’hui rebaptisée ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) à être accusée. Son délit ? Ne pas avoir exercé son autorité pour avoir vu la dangerosité du Mediator et le faire retirer du marché, alors qu’elle en avait tous les pouvoirs.

Depuis cette affaire, la loi française lui a attribué un autre mode de fonctionnement. Pour des questions de déontologie, l’ANSM ne perçoit plus aucun financement de la part des industries de santé. De même, ces dernières ne participent plus à aucune instance de gouvernance. Cette redistribution des cartes pourrait jouer en la faveur de l’agence. Mais pour l’heure, seul le tribunal aura le pouvoir d’en juger.