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Un second cas de rémission du VIH à Londres

10 ans après le premier cas de rémission d’un patient atteint du VIH, des chercheurs évoquent la potentielle guérison d’une seconde personne. Même si ce traitement est dangereux et non applicable à grande échelle, pour certains chercheurs c’est la preuve que les recherches avancent dans la bonne direction. Le point dans cet article.
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L’équipe du Pr Ravindra Gupta, un chercheur de l’Université de Cambridge, va annoncer mardi 12 mars le deuxième cas mondial de rémission d’un patient jusqu’ici atteint du SIDA lors d’une conférence de presse. Depuis 19 mois, le patient ne montre plus de signes de la maladie. Comment a-t-il été traité ? Quelles sont les conséquences de cette rémission pour la recherche mondiale ? Détails dans cet article.

Un second cas de rémission du VIH à Londres


Un « patient de Londres » devient le 2e cas mondial de rémission du VIH

À Londres, un patient est potentiellement guéri du VIH à la suite de transplantations de moelle osseuse et de cellules souches venues d’un donneur présentant une rare mutation génétique qui rend la personne immune à la maladie, a-t-on appris dans la revue médicale Nature qui a publié la présentation du cas.

C’est un traitement rare et difficile selon les médecins. Des transplantations de ce genre sont dangereuses et ont échoué pour d’autres patients. Ce type de traitement est également impossible à grande échelle. En l’état actuel des choses, il ne peut donc pas être utilisé pour traiter les millions de personnes qui souffrent actuellement de cette maladie dans le monde.

C’est toutefois le 2e cas de rémission observé grâce à cette méthode. Il y a une dizaine d’années, Timothy Ray Brown, un américain surnommé « le patient de Berlin » parce qu’il avait été traité en Allemagne, ne montre toujours pas de signes de la maladie. Il était jusqu’à présent la seule personne à avoir guéri du VIH, le virus qui cause le SIDA.

Ce deuxième cas de rémission « montre que le traitement de Mr Brown n’était pas juste un coup de chance et qu’il peut être reproduit », a déclaré le Dr Fred Hutchinson de l’Institut de Recherche contre le Cancer de Seattle.

Un protocole médical rare et dangereux

Pour les transplantations subies par « le patient de Londres », les médecins ont trouvé un donneur présentant une rare mutation génétique qui lui confère une résistance naturelle au VIH. Cette mutation génétique qui rend une personne naturellement immunisée contre le VIH doit être transmise par les deux parents et ne se présente que chez environ 1 % de la population nord-européenne.

Pour le chercheur Ravindra Gupta, il s’agit d’un « évènement improbable, c’est pour ça que cela n’a pas été observé fréquemment ».

La transplantation a permis une transformation du système immunitaire du « patient de Londres » en lui transmettant la rare mutation génétique et par la même une résistance naturelle au VIH.

Le patient a ensuite volontairement arrêté le reste de son traitement pour voir si la maladie réapparaîtrait sachant qu’en général le traitement contre le VIH est constitué de nombreux comprimés à prendre chaque jour pour ralentir l’évolution de la maladie.

Dans la majorité des cas, la maladie revient deux ou trois semaines après l’arrêt du traitement. Mais pour ce patient londonien, aucune trace de la maladie depuis maintenant 19 mois sans traitement.

Les transplantations de cellules souches sont des procédures médicales compliquées et dangereuses qui obligent le patient à subir au préalable des séances de chimiothérapie éreintantes. Elles peuvent aussi donner lieu à des complications. « Le patient de Berlin » avait lui-même dû subir une deuxième transplantation de cellules souches après une récidive de sa leucémie.

Les scientifiques sur la réserve

« Cette méthode de soin est risquée, inapplicable à grande échelle, donc même si [ce cas de rémission] est intéressant, il ne fait pas véritablement avancer la recherche dans ce domaine », a déclaré le Dr Anthony Fauci, le directeur de l’Institut National des Allergies et Maladies Infectieuses des États-Unis.

Toutefois, le Dr Rowena Johnston, vice-présidente et directrice de la fondation de recherche contre le SIDA (AmFar) se veut plus optimiste. Selon elle, cela prouve que « la recherche va dans la bonne direction ». Elle a l’espoir que le partage des informations concernant ces deux cas ainsi que les recherches en cours sur les malades permettront à terme d’élaborer un traitement qui pourra servir à l’échelle mondiale.

Pour le Dr Gero Hutter, le médecin allemand qui s’était occupé de Mr Brown à l’époque, ce deuxième cas de rémission est une « très bonne nouvelle » et « une des pièces du puzzle du traitement contre le VIH »

Le « patient de Berlin », Timothy Brown, souhaiterait rencontrer le « patient de Londres » et l’encourager à apparaitre publiquement, car « c’est utile pour la science et ça donne de l’espoir aux personnes séropositives » a-t-il déclaré lundi.