Repas à 1 euro au Crous : le tarif pour tous les étudiants va-t-il disparaître ?
Un repas complet pour 1 euro, sans condition de revenus : les étudiants en profitent depuis le 4 mai 2026, et déjà, la mesure vacille. Au Sénat, la rapporteure du budget de l’enseignement supérieur voudrait supprimer le repas à 1 euro au Crous pour tous et le réserver de nouveau aux boursiers. Son objectif : financer une réforme des bourses.
Le repas à 1 euro au Crous reste en vigueur, pour l’instant
Rien ne change aujourd’hui dans les restaurants universitaires. Depuis le 4 mai 2026, tout étudiant peut manger pour 1 euro, boursier ou non, à condition de présenter un compte Izly actif. Le repas comprend un plat principal et jusqu’à deux accompagnements. Avant cette date, seuls les boursiers et les étudiants en situation de précarité y avaient droit. Les autres payaient 3,30 euros.
La proposition date du mercredi 4 novembre 2026. Ce jour-là, la majorité sénatoriale de droite et du centre a adopté en commission des finances les crédits de l’enseignement supérieur, avec des modifications portées par la rapporteure, la sénatrice de l’Aube Vanina Paoli-Gagin. Un vote en commission ne modifie pas la loi : il faudra encore passer par l’hémicycle.
Ce que veut la sénatrice
Vanina Paoli-Gagin propose de supprimer la généralisation et de rétablir l’ancien système : 1 euro pour les boursiers, 3,30 euros pour tous les autres. Un repas coûte pourtant 10,60 euros à produire, d’où l’enjeu financier. Selon la rapporteure, ce retour en arrière dégagerait 150 millions d’euros. Elle les consacrerait à une réforme des bourses, avec l’objectif d’ajouter 35 000 boursiers aux 656 114 recensés en 2025-2026.
Pourquoi revenir en arrière ?
Premier argument : l’afflux. D’après la sénatrice, la fréquentation a bondi de 48 % à la rentrée. Résultat : des restaurants saturés, du personnel à bout et du matériel de cuisine qui lâche. Elle affirme aussi, en s’appuyant sur ce que lui a dit la présidente du Cnous, que les Crous puisent dans leurs crédits de rénovation pour faire tourner le dispositif.
Deuxième argument : le coût. La mesure devrait peser 143 millions d’euros en 2027. À l’origine, elle avait été chiffrée à 90 millions d’euros par an, en tablant sur une hausse de fréquentation de 10 %. Le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace, Philippe Baptiste, juge le dispositif réussi, mais il a aussi prévenu que sans budget 2027 adopté, le gouvernement serait incapable d’assurer le repas à 1 euro pour tous.
Ces réserves ne viennent pas que du Sénat. Dans un rapport, le député Charles Sitzenstuhl (Ensemble pour la République) décrit une généralisation impréparée, qui soulève des difficultés pour les Crous.
Comment financer la réforme des bourses ?
La réforme des bourses imaginée par la rapporteure coûterait 350 millions d’euros. Les 150 millions issus des repas ne suffisent pas : il en manque 200. Elle les chercherait du côté des droits d’inscription à l’université, en les relevant pour les familles les plus aisées.
Aujourd’hui, ces frais s’élèvent à 178 euros par an en licence et 255 euros en master. Pour un foyer dont le revenu fiscal de référence atteint 50 000 euros, ils passeraient à 750 euros en licence et 1 000 euros en master. À 100 000 euros de revenu, la facture monterait à 1 500 euros en licence et 2 000 euros en master. Le plafond serait fixé à 3 900 euros, pour respecter les limites posées par le Conseil d’État. Il s’appliquerait à partir de 186 900 euros de revenus annuels en licence et de 249 200 euros en master.
Au total, cette hausse rapporterait 600 millions d’euros, soit 400 millions de plus que le besoin pour les bourses. Vanina Paoli-Gagin les affecterait au fonctionnement des universités, dont les budgets initiaux de 2026 ont tous été votés en déficit. Elle présente l’ensemble comme « une petite couture pour éviter que tout pète », et non comme un grand soir.
Un projet qui suscite des réserves
Augmenter les frais d’inscription reste un sujet sensible, notamment à gauche. Une autre piste circule du côté de la droite : la sénatrice LR Laurence Garnier, dans un rapport sur l’excellence universitaire, proposait de porter les frais à 900 euros en licence et à 1 300 euros en master pour l’ensemble des étudiants.
Du côté des étudiants, la crainte d’un recul est déjà présente. Les syndicats s’inquiétaient de la disparition du repas à 1 euro dès la mobilisation de fin septembre. De son côté, Matignon avait démenti, le 25 septembre 2026, toute velléité de suppression.
Et maintenant ?
Le calendrier reste ouvert. Les changements doivent d’abord être votés en séance publique au Sénat, où c’est le texte du gouvernement, et non celui de la commission, qui sert de base aux débats. Même adoptés, ils devront survivre au reste du parcours parlementaire.
Si le blocage persiste à l’Assemblée, le gouvernement peut aussi recourir aux ordonnances. C’est alors son projet de loi d’origine qui s’applique. Pour faire passer des mesures supplémentaires, l’exécutif pourrait utiliser un autre texte, adopté avant la fin de l’année.