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Avis des patients sur le recours à l'intelligence artificielle en médecine

Entre mai et juin 2018, 1 183 patients atteints de maladies chroniques ont participé à une étude sur l’utilisation de l’IA (intelligence artificielle) en matière de santé. Les résultats montrent que les patients ne sont pas prêts à s’en remettre uniquement à des machines pour prendre soin de leur santé. Le point dans cet article.
Sommaire

Les progrès de l’intelligence artificielle permettent de plus en plus d’utilisation en médecine que ce soit pour aider au diagnostic, pour surveiller l’état de santé des patients, répondre à des questions simples sur leur santé, etc. Mais comment les patients perçoivent-ils cette utilisation de l’IA ? Seraient-ils prêts à échanger leur médecin de famille contre des systèmes alliant outils connectés et intelligence artificielle ? Réponses dans cet article.

Avis des patients sur le recours à l’intelligence artificielle en médecine


Une étude scientifique pour évaluer comment les patients perçoivent l’utilisation de l’IA

Il est déjà possible de s’appuyer sur les nouvelles technologies et sur l’intelligence artificielle pour effectuer certaines tâches dans un contexte médical : aide au diagnostic, amélioration de la communication médecin-patient, capteurs qui récoltent des données de santé en temps réel, etc. Et tout cela peut paraitre très prometteur.

Mais les patients vont-ils adhérer à ces nouvelles technologies ? C’est ce qu’a voulu savoir l’équipe du centre d’épidémiologie clinique de l’Hôtel-Dieu AP-HP et de l’université de Paris, actuellement dirigée par le Pr Philippe Ravaud, en lançant une étude sur un groupe de 1 183 patients entre mai et juin 2018.

Tous les participants font partie de ComPaRe (Communauté de Patients pour la Recherche) et sont atteint de maladies chroniques comme le diabète, l’asthme, le cancer, ou de maladies rhumatologiques et neurologiques. Les chercheurs leur ont demandé de répondre à un questionnaire en ligne portant sur la façon dont ils perçoivent les outils connectés et l’utilisation de l’IA et s’ils accepteraient d’être équipés de dispositifs utilisant l’IA pour leur suivi médical avec la proposition de cas concrets.

Les applications concrètes de l’IA ont-elles séduit les participants à l’étude ?

L’équipe de recherche a voulu donner des exemples précis aux patients participants à l’étude et leur a proposé 4 cas dans lesquels l’IA pourrait être utilisée :

• Analyse de photographie de la peau par IA pour détecter des cancers de la peau

• Utilisation de capteurs portables et d’objets connectés pour détecter en temps réel l’aggravation d’une pathologie chronique

• Soins de kinésithérapie pilotés par une chemise « intelligente »

• Robot conversationnel (chatbot) qui peut les aider à évaluer le niveau d’urgence d’un de leur problème de santé

Seuls 3 % des participants accepteraient d’avoir recours à ces 4 dispositifs de manière entièrement automatisée, tandis que 41 % des personnes sondées seraient d’accord pour en utiliser certains, mais seulement à condition qu’ils soient supervisés par un être humain. 35 % des personnes interrogées, en revanche, refuseraient au moins l’un des dispositifs.

Parmi les raisons invoquées, la crainte que les données médicales soient piratées, que des tiers comme des compagnies d’assurances se servent de données médicales de façon discriminante, ou encore l’inquiétude de voir la technologie se substituer aux contacts humains si importants dans la relation patient-médecin.

L’IA perçue comme un réel progrès à condition qu’elle reste encadrée

47 % des patients estiment que l’IA et les objets connectés sont une grande opportunité de progrès pour leur santé, qu’ils peuvent améliorer la qualité de leur suivi médical, la réactivité des soins grâce à des données récoltées en temps réel et que leur utilisation pourrait faciliter le travail du personnel médical.

11 % des patients interrogés pensent que l’IA représente un grand danger. Tous ces progrès ne seront donc possible qu’en garantissant aux personnes la protection de leurs données personnelles, l’assurance qu’elles ne pourront servir que dans un cadre médical strictement encadré et non pas à des fins commerciales. La logique des machines devra rester au service d’une plus grande efficacité et d’une meilleure qualité de soins et non pas devenir la cause d’une déshumanisation aggravée des rapports entre le patient et ceux qui assurent son suivi médical.