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Les effets sur la santé des écouteurs bluetooth non prouvés

Que disent les scientifiques de l’utilisation d’écouteurs sans fil Bluetooth de type AirPods ? Les ondes électromagnétiques représentent-elles un danger pour notre santé ? Un point dans cet article.
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La controverse ressurgit suite à un article publié sur le site Medium le 7 mars 2019 ayant pour titre « Les AirPods et les écouteurs Bluetooth sont-ils sans danger ? » et dans lequel l’auteur s’interroge sur l’avis des scientifiques en la matière. Où en sont les recherches ? Peut-on considérer les écouteurs Bluetooth comme sans risque ?

Les effets sur la santé des écouteurs bluetooth non prouvés


La sécurité des écouteurs sans fil n’est pas avérée

De plus en plus d’industriels font le choix de ne plus proposer de connexion filaire pour les écouteurs sur les téléphones portables. Apple avait annoncé dès 2016 la disparition du port « minijack » (branchement pour écouteurs classiques) de son nouveau modèle d’I-phone, rapidement suivi par la concurrence (notamment Google et Samsung) qui a suivi le même chemin. On peut donc y voir un choix se portant de plus en plus vers la technologie Bluetooth (connexion sans fil) plutôt que sur le mode de connexion filaire.

Si cette technologie s’est rapidement développée... c’est sûrement que des tests sur les effets des ondes émises par les produits utilisant le Bluetooth sur la santé ont été réalisés pensez-vous ? Eh bien non, pas vraiment. Ou peut-être pas assez. Les avis restent partagés.

Une pétition datant de 2015 suscite l’inquiétude

Dans son article alarmiste « Les AirPods et les écouteurs Bluetooth sont-ils sans danger ? », l’auteur Markham Heid cite un scientifique américain faisant partie de ceux qui craignent la généralisation du Bluetooth et des écouteurs de type AirPods : « Ce qui m’inquiète pour les AirPods, c’est leur position dans le canal auditif qui expose les tissus de la tête à des niveaux relativement élevés de rayonnement radiofréquence », a déclaré Jerry Phillips, professeur de biochimie à l’Université du Colorado.

Parmi les risques potentiels, il cite les tumeurs et autres conditions associées au fonctionnement anormal des cellules. Ces risques ne sont pas limités aux AirPod. Les preuves existantes « indiquent des préoccupations potentielles pour la santé humaine et le développement de toutes les technologies qui fonctionnent aux fréquences radio », a déclaré le scientifique.

Pour appuyer son propos, il évoque également une pétition de 2015 adressée aux Nations Unies et à l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), signée à l’époque par 250 chercheurs d’une quarantaine de pays. Or, cette pétition ne fait aucunement mention des nouveaux écouteurs d’Apple ni même de la technologie Bluetooth. Le raccourci de Markham Heid dans son article était donc peut-être un peu rapide.

En l’absence d’études sur le sujet, comment savoir si l’utilisation des appareils sans fil est sans danger ?

Cette pétition s’interroge effectivement sur les effets sur la santé d’une exposition aux champs électromagnétiques non ionisants et aux ondes de radiofréquences comme le wifi et les ondes émises par certains appareils sans fil. Les signataires demandaient, à l’époque, plus d’études indépendantes sur le sujet, le « développement par les industriels de technologies plus sûres » et la protection de la population avec la création de « zones blanches », c’est-à-dire sans ondes.

« Il n’y a tout simplement pas d’étude d’impact sur le Bluetooth et ses ondes de radiofréquences. Le risque de cancer n’est pas prouvé scientifiquement », a rappelé Anne Sasco, médecin épidémiologiste du cancer, contactée par Le Parisien.

Ce que confirme un autre signataire de la pétition de 2015, Joël Moskowitz, le directeur du Centre pour la santé familiale et communautaire de l’Université de Californie à Berkeley. Selon lui, très peu de recherches ont été menées sur le Bluetooth, mais les recherches plus générales sur les champs électromagnétiques tendent à montrer que les types de radiations émises par les écouteurs et les oreillettes pourraient avoir des effets négatifs sur la santé. Mais en l’absence de réelle étude sur le sujet, « on vole à l’aveugle », concède-t-il.

« Faire des études significatives sur plusieurs pays coûte au moins une vingtaine de millions d’euros. Il n’y a pas de données disponibles, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas des risques, c’est une technique éprouvée de l’industrie », prévient Anne Sasco qui avait également signé la pétition de 2015.



D’autres experts estiment que rien ne montre la dangerosité de l’exposition aux ondes

« Il existe des milliers de publications de qualité et de pertinence variées [en ce qui concerne les effets sur la santé des ondes], dont les résultats vont parfois dans toutes les directions », explique Kenneth Foster, professeur de bio-ingénierie à l’Université de Pennsylvanie qui a étudié les effets des ondes électromagnétiques sur la santé humaine. Bien qu’il existe des données qui décrivent de manière effrayante les technologies Bluetooth et autres technologies sans fil, « ces arguments n’ont aucune crédibilité », selon lui.

Mr Foster souligne que l’OMS et d’autres organisations de santé publique ont analysé la littérature scientifique sur le Bluetooth et les technologies sans fil et n’ont trouvé aucune preuve évidente de risques pour la santé à des niveaux d’exposition inférieurs aux limites internationales.

« Le protocole Bluetooth utilise les mêmes bandes de fréquences en 2,4 GHz que le wifi, mais en moins puissant », explique Gilles Brégant, le directeur général de l’ANFR (Agence nationale des fréquences).

Il se veut lui aussi rassurant et précise que « les études sur le wifi qui font consensus montrent jusqu’à présent l’absence de dangerosité, car c’est un signal à très faible puissance ».