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Pénurie de médicaments : Des médecins alertent et proposent des solutions

Une vingtaine de médecins et de professeurs hospitaliers s’inquiètent des pénuries de médicaments de plus en plus fréquentes dans une tribune publiée dans le Journal du Dimanche, ce 18 août 2019. Le point sur la situation dans cet article.
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« Très rares il y a une dizaine d’années, les pénuries de médicaments se multiplient » alertent une vingtaine de médecins et de professeurs d’hôpitaux dans le JDD ce dimanche. En 2018, 868 signalements ont été effectués contre 44 en 2008. Quels sont les médicaments qui se raréfient ? Quels sont les risques pour les malades ? Et quelles sont les solutions proposées par les signataires de la tribune ?

Pénurie de médicaments : Des médecins alertent et proposent des solutions


Des pénuries de plus en plus fréquentes en pharmacie comme à l’hôpital

Selon l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), « 868 ruptures ou tensions d’approvisionnement ont été signalées en 2018 », presque 20 fois plus qu’en 2008.

Les pharmacies et les hôpitaux sont parfois dans l’impossibilité de se ravitailler en « médicaments du cancer, antibiotiques, corticoïdes, vaccins, ou traitements de l’hypertension, des maladies cardiaques, du système nerveux… ». Il s’agit de MITM, médicaments d’intérêt thérapeutique majeur « pour lesquels il n’y a, le plus souvent, pas d’alternative efficace disponible », expliquent les signataires de la tribune.

Ils précisent que ces pénuries ne touchent pas les remèdes innovants, coûteux, qui sont lucratifs pour les laboratoires. Les médicaments concernés sont ceux « tombés dans le domaine public » — dont la plupart sont désormais produits en Inde ou en Chine — qui sont aussi les plus fréquemment utilisés.

Ces pénuries ont-elles des conséquences pour les patients ?

En mai dernier, les hôpitaux se sont retrouvés dans l’impossibilité de se fournir en Amétycine, une chimiothérapie utilisée pour prévenir les risques de récidive chez des patients atteints d’un cancer de la vessie. Conséquences pour les malades, certains ont vu leur protocole de soin repoussé tandis que d’autres n’ont pas pu accéder à un traitement adéquat. Cette pénurie n’a été que temporaire et les soins ont désormais repris, mais un autre médicament vient à manquer depuis peu : une forme du vaccin BCG également utilisé comme antirécidive pour certains cancers. « Cette crise aura des dégâts collatéraux. Il y aura sans doute quelques morts » a alerté le professeur Peyromaure, chef du service urologie de l’hôpital de Paris.

Ces pénuries deviennent un peu trop fréquentes dans les services de cancérologie qui rencontrent régulièrement des difficultés d’approvisionnement pour une quarantaine de médicaments.

« Certains malades sont morts à cause des pénuries », témoigne le professeur Jean-Paul Vernant, hématologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. « Quand la carmustine, utilisée en chimiothérapie, a fait défaut, on a dû bricoler et nos malades atteints de lymphomes et ayant besoin d’une autogreffe de moelle ont été moins bien soignés ».

La ligue contre le cancer, de son côté, dénonce le manque d’information des patients, qui subissent parfois des changements importants dans leur protocole de soin sans même en être avertis.

Des problèmes sont également rencontrés pour l’approvisionnement en corticoïdes. « Un arrêt brutal de cortisone peut provoquer une insuffisance surrénalienne, une urgence vitale ; elle peut rendre aveugle un patient atteint de la maladie de Horton. Sans parler des dégâts chez un malade greffé à qui elle est prescrite comme traitement antirejet », a signalé le professeur Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie de l’hôpital Saint-Antoine à Paris. Il n’hésite pas à dénoncer un « problème de santé publique majeur ».

Les solutions avancées pour enrayer cette crise du médicament

Les signataires de la tribune du JDD ont avancé des solutions pour pallier le manque de certains médicaments.

Tout d’abord, ils demandent à ce que les laboratoires soient dans l’obligation de constituer des « stocks de produits finis » de MITM. Or, pour Philippe Lamoureux, directeur général du Leem (Organisation professionnelle des entreprises du médicament), d’un point de vue matériel, cela ne peut concerner tous les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur. Selon lui, il serait préférable d’établir une « liste de médicaments d’intérêt sanitaire et stratégique » qui feraient l’objet d’un « renforcement des stocks ».

Les médecins et professeurs hospitaliers souhaiteraient également faire revenir « la production des principes actifs » en Europe ; solution que Philippe Lamoureux considère comme délicate, notamment « pour des raisons de compétitivité économique européenne par rapport aux compétiteurs (l’Inde et la Chine) ». Pour lui, la mise en œuvre de dispositifs fiscaux par exemple, permettrait une meilleure compétitivité.

Enfin, dernière proposition mise en avant, la création d’un « établissement pharmaceutique à but non lucratif, si possible européen, sinon français », basé sur le modèle américain pour gérer la production des médicaments passés dans le domaine public. Une telle structure permettrait une meilleure gestion des stocks, de garantir une certaine qualité et une stabilité des prix. Le directeur général du Leem a, quant à lui, émis des réserves. Il n’est pas certain que passer par un opérateur public pour « s’approvisionner en matières premières » serait « mieux » que de faire appel à une structure privée.

Pour faire face à cette crise annoncée, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a quant à elle constitué un comité de pilotage qui se réunira tout début septembre.