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Baccalauréat : comment sont notées les copies par les profs correcteurs ?

Cette année, plus de 753 000 candidats passent le bac et ce sont environ 4 millions de copies qui vont être corrigées et notées par 170 000 correcteurs. Comment ce processus de correction et de notation se déroule-t-il ?
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À quelques semaines des résultats du bac, la question de la correction et de l’évaluation des copies se pose. On peut lire dans la presse des articles qui expliquent la rigueur et l’encadrement des notations tandis que d’autres dénoncent les « magouilles » qui se trament dans les coulisses pour assurer un taux de réussite national minimum. Un point sur la situation.

Baccalauréat : comment sont notées les copies par les profs correcteurs ?




Le processus de notation des copies s’effectue en plusieurs étapes

Le lendemain d’une épreuve du baccalauréat, un professeur-correcteur se voit attribuer de 100 à 150 copies au hasard, issues de plusieurs établissements et de différentes classes pour éviter les « tas de bonnes copies » ou les « tas de mauvaises ».

Ensuite, très rapidement s’ensuit une réunion au centre d’examen, appelée commission d’entente, présidée par un inspecteur pédagogique (IPR) ou un « professeur-relais » choisi par le rectorat. Cette rencontre entre correcteurs sert à définir les critères de notation, ils s’accordent sur ce qu’est « une bonne réponse » et ils établissent un barème. Puis, une copie est prise au hasard et lue à haute voix, des notes sont attribuées anonymement par le collège de professeurs puis ils en discutent afin d’établir ensemble un barème cohérent. Il peut y avoir de larges écarts de notations entre les professeurs, ces réunions ont donc pour but de permettre une harmonisation dans les notes attribuées.

Une fois les copies notées par chaque professeur à leur domicile, une autre réunion sera tenue. Il s’agit d’une commission d’harmonisation qui a lieu 2 jours avant la saisie des notes. Elle tend à réduire les écarts de correction entre les professeurs. Des moyennes y sont donc calculées, les copies avec les notes les plus basses sont lues et des négociations peuvent avoir lieu avec le professeur qui l’a noté pour qu’il ajoute quelques points.

Un IPR interrogé par le journal Le Point explique : « Nous n’invitons pas les professeurs à gonfler leurs notes, mais à comprendre que les élèves qu’ils corrigent ne sont pas bien différents de ceux de leurs collègues. On relit une copie à 5 et on écoute le jugement des autres profs. Il arrive que le 5/20 soit justifié. »

Un jury se réunit avant la publication des résultats

Une fois toutes les notes consignées, un jury composé d’un professeur-chercheur et de professeurs-correcteurs va se réunir et une nouvelle fois « négocier ».

Une attention particulière est accordée aux candidats « limites » c’est à dire qui sont à la limite du rattrapage ou à la limite de l’obtention de l’examen, ou encore à la limite d’une mention… En s’appuyant sur les livrets scolaires de l’élève, sur ses résultats au cours de l’année et les appréciations des professeurs, un « petit quelque chose » pourrait être ajouté pour lui permettre de « passer ». À cette étape, il s’agit toujours d’« ajustements positifs ». Les notes ne peuvent pas subir de baisse.

La surévaluation des copies est-elle de mise ?

De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer les pressions, les menaces, voire « les punissions » subies par certains professeurs qui refusent de passer sous le rouleau compresseur de l’harmonisation des notes. En effet, derrière le mot « harmonisation » pourrait se cacher une réalité moins glorieuse, où l’éducation nationale ferait tout son possible pour gonfler les résultats des élèves, notamment les plus faibles, pour obtenir un taux de réussite constant à l’examen du bac.

Une enquête récente parue dans Le Point dénonce ces petits arrangements, pour la plupart conclus à l’oral dans les réunions de commission d’harmonisation ou au sein des jurys avant la publication des résultats définitifs où on inciterait fortement les profs à remonter les notes les plus basses ; certains correcteurs rapportent même avoir été « punis » pour ne pas avoir voulu modifier leurs notes.

Une professeure-correctrice, Mme Subias Konofal explique au journal avoir été appelée par son « chef de jury » qui lui aurait dit : « Il faut que votre moyenne remonte de 3 points. Soit vous remontez tout votre paquet de 3 points soit vous piochez au hasard certaines copies que vous remontez de 6 points. » La professeure a refusé net et s’est entendu répondre. « Si vous ne le faites pas, je le ferai ! » Cette enseignante a par ailleurs expliqué que les correcteurs sont tenus de justifier le fait de mettre une note inférieure à 6 si la copie n’est pas blanche. « Si vous tenez absolument à mettre en dessous de 6, vous devez faire un rapport et demander un entretien à votre chef de jury. C’est une espèce de négation de la compétence de l’enseignant… » a-t-elle ajouté.

Par le passé, des tentatives ont été faites pour apporter plus de transparence sur ces « harmonisations » qui s’effectuent en coulisse. Le sénateur Jacques Legendre avait notamment proposé dans un rapport de 2008 de rendre publiques les grilles de notations et les consignes de corrections afin de « dissiper tous les soupçons de petits arrangements » qui pesaient déjà sur l’examen il y a 10 ans. Depuis, il n’y a pas vraiment eu d’évolution ce qui participe de plus en plus à une baisse de crédibilité de l’examen au sein de la société en général.