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Homéopathie : vers un déremboursement par l'Assurance maladie ?

Les laboratoires Boiron, leader sur le marché mondial de l’homéopathie ont confirmé ce vendredi avoir reçu un premier avis défavorable de la HAS (Haute Autorité de Santé) concernant le maintien du remboursement des remèdes homéopathiques. Un point sur la situation.
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La procédure d’évaluation de la HAS concernant l’homéopathie n’est pas terminée, mais la nouvelle d’un premier avis défavorable a déjà « fuité » dans la presse jeudi 16 mai, nouvelle confirmée par les laboratoires Boiron vendredi 17 mai. Dans son communiqué, Boiron déplore l’intervention des médias qui a engrangé une chute du cours de l’action en bourse et provoque l’inquiétude d’un millier de salariés dont l’emploi pourrait être menacé si l’homéopathie venait à ne plus être remboursée. Le point sur la situation dans cet article.

Homéopathie : vers un déremboursement par l’Assurance maladie ?


L’homéopathie, remède controversé

Bien que 72 % des Français interrogés lors d’un sondage Odoxa « croient en ses bienfaits », l’homéopathie reste une méthode de soin controversée et subit régulièrement les attaques de ses détracteurs. En mars 2018, une tribune signée par 124 médecins était parue dans Le Figaro critiquant férocement la méthode et d’autres « médecines alternatives ». Les défenseurs de l’homéopathie (laboratoires et professionnels) avaient riposté dans les médias début avril en lançant une pétition qui comptait ce vendredi près de 445 000 signatures de personnes favorables au maintien du remboursement.

Suite à la polémique, le ministère de la Santé a demandé à la HAS d’évaluer les bienfaits et les éventuels effets secondaires de ces traitements pour vérifier le « bien-fondé » du remboursement par la sécurité sociale.

Boiron déplore les fuites dans la presse

Dans un communiqué de presse paru vendredi, le laboratoire français Boiron, dont 60 % du chiffre d’affaires est réalisé en France, a rapporté avoir reçu un premier avis de la commission de la transparence de la HAS « jeudi en fin de journée, soit bien après sa fuite dans un média ». Il s’agit d’un premier avis défavorable au maintien du remboursement de l’homéopathie par l’Assurance maladie.

« La diffusion par la presse de ce premier avis, censé être confidentiel, cause un réel préjudice aux salariés, clients et actionnaires du groupe », a déploré Boiron, ajoutant qu’« un éventuel déremboursement menacerait un millier d’emplois», soit plus d’un tiers des 2 500 salariés qui travaillent pour l’entreprise en France.

Suite aux rumeurs parues dans la presse, le cours de l’action de Boiron a d’ailleurs chuté de plus de 25 % à la Bourse de Paris, avant que sa cotation soit suspendue vendredi. Elle affichait 37,45 euros à l’ouverture de la bourse ce lundi 20 mai.

Une procédure d’évaluation toujours en cours

La HAS quant à elle n’a pas fait de commentaires, mais a rappelé que la procédure d’évaluation est toujours en cours, le travail de la commission de transparence étant scindé en plusieurs étapes successives : les auditions des parties prenantes qui ont eu lieu en avril, suivi par l’examen du dossier le 17 du même mois, puis l’adoption du projet d’avis le 15 mai dernier.

Avant de rendre son avis définitif, la commission va désormais donner un « délai de 10 jours à compter de la réception du projet d’avis pour formuler des observations écrites et/ou demander à être entendus ». Les laboratoires Boiron, mais aussi Lehning et Weleda qui sont également concernés pourront défendre leur cas durant cette « phase contradictoire ». C’est ensuite à la ministre de la Santé Agnès Buzyn que la HAS rendra son avis définitif et elle sera en charge de prendre la décision finale.

« Je ne cherche ni à dérembourser ni à rembourser. Soit un médicament est utile et permet d’avoir un bénéfice clinique, soit il n’apporte rien et dans ce cas-là il n’a pas de raison d’être financé par la collectivité », déclarait Mme Buzyn fin mars. « J’ai souhaité remettre le rationnel scientifique au centre du débat. Ça ne veut pas dire que cela suffise toujours à prendre une décision politique, mais au moins, j’ai réaffirmé qu’on ne pouvait pas faire sans », avait-elle ajouté.