Face aux vagues de chaleur qui se multiplient chaque été, les réflexes adoptés pour se rafraîchir ne sont pas toujours les bons. Certains comportements, pourtant intuitifs, peuvent s’avérer inefficaces, voire dangereux pour la santé. Tour d’horizon de 10 idées reçues à abandonner dès les premiers pics de chaleur.
Boire beaucoup plus que d’habitude
L’hydratation est une priorité absolue lors des épisodes caniculaires, mais la quantité d’eau à ingérer est souvent surestimée. Sous l’effet de la transpiration, le corps perd effectivement de l’eau pour réguler sa température, c’est un mécanisme naturel et nécessaire. Beaucoup en concluent qu’il faut donc boire en grande quantité pour « compenser ». Or, une consommation de deux litres d’eau par jour reste suffisante, même lors des journées les plus étouffantes.
La surhydratation n’est pas sans risque : elle peut diluer les électrolytes dans le sang et provoquer une hyponatrémie, un déséquilibre électrolytique aux conséquences sérieuses. Le meilleur repère pour évaluer son niveau d’hydratation reste la couleur des urines : trop foncées, elles signalent un manque d’eau ; trop claires ou incolores, elles indiquent une consommation excessive.
Privilégier les boissons très froides
L’idée de se désaltérer avec une boisson glacée par forte chaleur semble imparable. En réalité, les extrêmes de température sont à éviter dans les deux sens. Une boisson trop froide oblige l’organisme à produire de la chaleur pour ramener sa température interne à la normale, ce qui va exactement à l’encontre de l’effet recherché. À l’inverse, une boisson trop chaude accentue la sensation de chaleur, même si elle désaltère légèrement mieux.
La bonne pratique consiste à consommer des boissons à température ambiante ou légèrement fraîches, sans excès. À noter également que le café et le thé, aux propriétés diurétiques, favorisent l’élimination de l’eau par les reins : mieux vaut en limiter la consommation lors des journées caniculaires.
Sauter des repas pour ne pas avoir trop chaud
La chaleur coupe souvent l’appétit, et l’on peut être tenté de ne pas manger pour éviter d’aggraver la sensation de fournaise. C’est une erreur. Le corps a besoin d’énergie pour fonctionner, y compris pour réguler sa propre température. Priver l’organisme de nutriments essentiels en période de forte chaleur fragilise les défenses naturelles.
La solution n’est pas de supprimer les repas, mais d’adapter leur contenu. Les aliments riches en eau (concombre, tomate, melon, pastèque, fraises) sont à privilégier, car ils contribuent à l’hydratation tout en étant facilement digestibles. Les plats en sauce, les graisses animales et les féculents lourds sont en revanche à mettre de côté : leur digestion mobilise davantage d’énergie et génère de la chaleur interne.
Intensifier son activité physique pour « sécher »
Certains profitent de l’été pour augmenter leur fréquence d’entraînement, dans l’idée de perdre du poids plus rapidement grâce à la transpiration. Ce raisonnement est trompeur. En cas de forte chaleur, l’organisme est déjà soumis à un stress thermique important. Ajouter un effort physique intense dans ces conditions expose à une déshydratation rapide, à des crampes musculaires, voire à un coup de chaleur.
Il n’est pas question d’arrêter toute activité sportive pendant l’été, mais de l’adapter aux conditions climatiques. Pratiquer tôt le matin, avant 9h, ou en soirée après 19h, permet de profiter de températures plus clémentes. Il convient également de s’hydrater régulièrement avant, pendant et après l’effort, et de réduire l’intensité globale de la séance.
Consommer de la bière bien fraîche
Un verre de bière glacée en terrasse, c’est l’image même de l’été. Pourtant, l’alcool est un puissant diurétique : il stimule l’élimination urinaire et accélère donc la déshydratation, précisément au moment où l’organisme a le plus besoin de conserver ses ressources hydriques. Par ailleurs, la consommation d’alcool par forte chaleur peut provoquer des baisses de tension, des étourdissements et augmenter le risque de malaise.
Si le contexte social rend difficile l’abstinence totale, il est préférable de ne pas dépasser un verre ou deux, de les alterner avec de l’eau, et d’opter autant que possible pour des alternatives rafraîchissantes sans alcool : citronnade maison, infusion froide, eau aromatisée aux fruits frais.
Se doucher à l’eau froide
Rien de plus tentant qu’une douche froide lorsque la chaleur est écrasante. Mais cette pratique, si elle est mal dosée, peut être contre-productive, voire dangereuse. Un écart trop important entre la température corporelle (autour de 37°C) et celle de l’eau déclenche un mécanisme de défense naturel : le corps réchauffe ses extrémités et produit de la chaleur pour compenser le refroidissement brutal. Le résultat peut être une sensation de chaleur accrue après la douche.
Le choc thermique, dans les cas les plus sérieux, peut également provoquer des réactions cardiovasculaires. La bonne approche consiste à commencer avec une eau tiède, puis à baisser progressivement la température. Se mouiller régulièrement les poignets, la nuque et les plis des coudes est une technique simple et efficace pour abaisser la température corporelle sans risque.
Pousser la climatisation à fond
Régler sa climatisation à 20°C quand il fait 38°C dehors peut sembler logique, mais l’écart thermique ainsi créé est loin d’être anodin. Passer brutalement d’une atmosphère surchauffée à un air très froid provoque des contractions des voies respiratoires, favorise les maux de gorge, les rhinites et les bronchites estivales. Chez les personnes asthmatiques ou fragiles, cet écart peut déclencher des crises.
Les recommandations des autorités sanitaires préconisent de ne pas descendre en dessous de 26°C à l’intérieur, et de veiller à ce que l’écart entre température intérieure et extérieure ne dépasse pas 8 degrés. Pour ceux qui ne disposent pas de climatiseur, d’autres solutions existent : bassine d’eau fraîche pour les pieds, brumisateur, volets fermés en journée, linge humide suspendu devant une fenêtre entrouverte.
Dormir avec un ventilateur braqué sur soi
Le ventilateur est l’allié incontournable des nuits d’été. Mais le diriger directement sur le visage pendant plusieurs heures consécutives peut dessécher les muqueuses nasales et buccales, irriter les yeux et provoquer des maux de gorge au réveil. Ce phénomène est amplifié si la pièce est déjà peu humide.
Pour profiter du ventilateur sans ses inconvénients, il est conseillé de l’orienter vers le plafond ou de le reculer à bonne distance du lit. Une astuce efficace consiste à placer une ou plusieurs bouteilles d’eau fraîche devant l’appareil : l’air brassé se charge en humidité avant d’atteindre le corps, ce qui rend la sensation de fraîcheur plus agréable et moins agressive pour les voies respiratoires.
Ouvrir les fenêtres pour faire circuler l’air
Ouvrir en grand les fenêtres dès que la chaleur devient pesante paraît être la première réaction à adopter. En réalité, cette habitude peut aggraver la situation si elle est mal gérée. En pleine journée, l’air extérieur est souvent plus chaud que l’air intérieur, surtout dans les appartements bien isolés. Laisser entrer cet air chaud revient à transformer son logement en four.
La bonne stratégie consiste à aérer tôt le matin, avant 8h, quand les températures sont encore supportables, puis à refermer fenêtres et volets pour conserver la fraîcheur accumulée pendant la nuit. La même opération peut être répétée en fin de soirée, dès que la chaleur extérieure redescend. Les volets mi-clos jouent un rôle essentiel en bloquant le rayonnement solaire direct sur les vitres, qui agit comme une loupe et réchauffe rapidement les pièces.
Sortir prendre l’air en pleine journée
Lorsque l’atmosphère intérieure devient étouffante, l’instinct est souvent de sortir « prendre l’air ». Mais lors d’un épisode caniculaire, l’air extérieur est précisément ce qu’il faut éviter entre 12h et 18h. La combinaison de températures extrêmes, de rayonnement solaire intense et d’humidité élevée représente un risque réel pour les personnes âgées, les jeunes enfants, les femmes enceintes et toute personne souffrant d’une pathologie chronique.
Même pour les personnes en bonne santé, le moindre effort physique en plein soleil peut rapidement conduire à l’épuisement thermique. Il est recommandé de rester dans les pièces les plus fraîches du logement, idéalement orientées au nord, et de profiter des espaces climatisés accessibles au public (médiathèques, centres commerciaux, mairies) si la chaleur chez soi devient vraiment insupportable.