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80 km/h : les départements habilités à rétablir la vitesse à 90 km/h ?

Un amendement LREM soumis à l’Assemblée nationale propose de donner aux présidents des conseils départementaux le pouvoir de rétablir la limitation de vitesse à 90 km/h. Édouard Philippe continue de défendre la mesure des 80 km/h, mais s’est dit prêt à soutenir cet amendement pour lequel les députés ont donné leur aval en commission dans la nuit de jeudi 16 à vendredi 17 mai. Le point sur la situation.
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Dans quelques jours, le projet de loi d’orientation des mobilités sera examiné à l’Assemblée nationale. Parmi les propositions, un amendement du groupe LREM qui permettrait aux présidents des conseils départementaux de rétablir la vitesse à 90 km/h sur les routes de leur département. Un compromis sur une mesure impopulaire que le Premier ministre Édouard Philippe s’est dit prêt à soutenir. Le point dans cet article.

80 km/h : les départements habilités à rétablir la vitesse à 90 km/h ?


Les députés donnent leur feu vert

Malgré l’impopularité de la limitation de vitesse à 80 km/h, le Premier ministre, fervent défenseur de cette mesure affiche de bons résultats en matière de sécurité routière sur l’année 2018 avec 189 morts de moins que l’année précédente.

Mais comme il l’a expliqué sur France Info le 16 mai, « cette question s’est invitée dans le débat public ». Elle a notamment été évoquée à plusieurs reprises lors du Grand Débat national. « Le président de la République nous a invités à trouver une solution permettant à la fois de concilier les impératifs de sécurité routière, mais de l’appliquer avec plus de souplesse, je crois que le terme utilisé a été “plus d’intelligence pratique” ». D’où l’amendement proposé par le groupe LREM à l’Assemblée nationale dans le cadre du projet de loi d’orientation des mobilités qui permettrait aux présidents des conseils départementaux de relever la vitesse à 90 km/h sur les routes de leur département.

Dans la nuit de jeudi 16 à vendredi 17 mai, les députés ont donné leur feu vert et cet amendement doit maintenant être examiné dans les prochains jours à l'Assemblée nationale. Les présidents des conseils départementaux pourraient ainsi déroger aux 80 km/h sur certaines portions de routes s’ils le souhaitent.

Le rehaussement de la vitesse sous condition

Interrogé à propos de cet amendement, Édouard Philippe a déclaré : « Si les présidents de conseils départementaux souhaitent prendre leurs responsabilités, je n’y vois aucun inconvénient », en ajoutant toutefois que le rehaussement de la vitesse maximale autorisée à 90 km/h devrait « systématiquement [être] assorti de mesures » assurant « le plus haut niveau de sécurité routière possible ». « Ce sont des décisions qui sont lourdes, qu’il faut assumer en conscience », a-t-il ajouté.

Pour le sénateur de la Haute-Saône Michel Raison (« LR), il s’agit d’une « fausse ouverture » du Premier ministre « qui omet sciemment de préciser que l’amendement proposé par les députés LREM exclut du dispositif les routes nationales », a-t-il dénoncé dans un communiqué et peut-être que le gouvernement espère que peu de présidents de conseils départementaux souhaiteront prendre cette responsabilité.

« Je prends le pari qu’au premier mort on descendra tous à 80 km/h », a déclaré de son côté le député MoDem Patrick Mignola.

Les associations s’inquiètent

Même si la mesure des 80 km/h est assez impopulaire, elle compte aussi des partisans, comme la présidente de la Ligue contre la violence routière, Chantal Perrichon qui s’inquiète de devoir « payer le prix du sang la pseudo responsabilité des élus qui préfèrent leur mandat à la sécurité des citoyens ».

Elle a aussi vivement critiqué le chef de l’État qui a, selon elle, « lâché » Édouard Philippe « depuis des mois » en exprimant sa volonté de trouver une solution alternative publiquement. Emmanuel Macron « se laisse le temps de voir les effets de sa réforme de l’ISF, mais ne va pas au bout des deux ans d’expérimentation des 80 km/h. On aimerait qu’il attache autant d’importance à la vie des gens qu’à l’argent », a-t-elle renchéri.