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Le lobby de l'alcool propose de financer la prévention contre l'alcoolisme

Le représentant du lobby du vin Joël Forgeau vient de rendre un plan de prévention contre l’alcoolisme au nom des producteurs de vins, bières et spiritueux. Ces mesures sont censées lutter particulièrement contre le binge drinking et la consommation par les femmes enceintes. Pour les médecins addictologues, il y a conflit d’intérêts. Un point sur la situation.
Le lobby de l’alcool propose de financer lui-même les campagnes de prévention contre l’addiction aux boissons alcoolisées. Mesure qui relève d’un « nuage de fumée », voire de « cynisme » pour les médecins et addictologues qui se sont exprimés dans une tribune publiée mardi 10 juillet dans le quotidien Le Monde.

Le lobby de l’alcool propose de financer la prévention contre l’alcoolisme

Le lobby de l’alcool propose de financer la prévention contre l’alcoolisme

Des producteurs d’alcool finançant la lutte contre l’alcoolisme, l’idée parait saugrenue et le conflit d’intérêts évident, mais le 27 juin 2018, les producteurs de vins, bières et spiritueux ont bien proposé au gouvernement de financer des actions de prévention contre les risques liés à l’alcool à hauteur de 5 millions d’euros sur 4 ans. Ce qui n’est pas du gout de certains médecins et addictologues qui dénoncent le « cynisme d’un lobby qui ne cherche qu’à préserver ses propres intérêts, quelles qu’en soient les conséquences ».

Leur « discours est d’une simplicité angélique : laissez-nous faire ! Croyez-nous sur parole ! Dormez braves gens ! Faites confiance à notre sens des responsabilités ! », écrivent ainsi les signataires de la tribune.

La présence d’Audrey Bourolleau au poste de conseillère Agriculture de l’Élysée dérange

Autre fait critiqué dans la tribune publiée par Le Monde, la présence d’Audrey Bourolleau au poste de conseillère Agriculture à l’Élysée. Avant de rejoindre le gouvernement, elle était déléguée générale du lobby du vin ce qui, de l’avis des médecins et de Mediapart qui avait récemment dévoilé l’affaire, ne peut qu’avantager les producteurs d’alcool.

« La nomination d’une représentante de la filière alcool ne manque pas d’inquiéter sur les conflits d’intérêts qui pourraient survenir au détriment de la santé publique », avaient déjà dénoncé les professionnels de santé dans un communiqué après sa nomination.

La « pingrerie » du lobby montrée du doigt

Les signataires de la tribune attirent aussi l’attention sur le montant promis par le lobby pour le financement des actions de prévention : « Il essaie de faire passer un financement hypothétique de la prévention de 5 millions d’euros pour un apport décisif alors que les chiffres d’affaires cumulés de la filière se comptent en milliards », dénoncent les médecins.

En comparaison, le fonds de prévention-tabac s’élève à 100 millions d’euros, c’est pourquoi les signataires réclament la création d’un fonds prévention alcool avec des moyens similaires et surtout que celui-ci reste sous l’égide du Ministère de la Santé.

L’alcool est la « deuxième cause de mortalité évitable » après le tabac en France. La dépendance à l’alcool cause 135 décès par jour dans notre pays. La lutte contre l’alcoolisme devrait donc être considérée comme un enjeu de santé publique et être soutenue financièrement à la mesure de son importance, tout en évitant l’ingérence des lobbys.