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Mesures en faveur des banlieues : les premières pistes du gouvernement annoncées

Le discours-fleuve du président de la République du 22 mai 2018 sur les banlieues n’a pas fait mouche et beaucoup d’élus et d’acteurs sociaux se disent déçus par les mesures annoncées. Qu’en est-il ?
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Le chef de l’État s’est exprimé ce mardi 22 mai 2018 à l’Élysée devant des habitants, des élus et des acteurs sociaux des banlieues, pour leur exposer les mesures qu’il souhaite mettre en place pour garantir l’égalité des chances. Le discours qui a duré plus d’une demi-heure n’a pas séduit tous les invités malgré les quelques propositions faites par le président de la République. Un point sur la situation.

Mesures en faveur des banlieues : les premières pistes du gouvernement annoncées



Les propositions du rapport Borloo reprises que très partiellement

L’exécutif a commandé un rapport sur les banlieues en novembre 2017 à Jean-Louis Borloo, ancien ministre de Nicolas Sarkozy.
Mr Borloo a depuis lors multiplié les rencontres avec les élus locaux, à grand renfort de médiatisation. Il a rendu le 26 avril 2018 son rapport de 163 pages qui contient 19 mesures chiffrées à 48 milliards d’euros pour sortir les banlieues difficiles de leur enclave.

Le premier reproche fait au chef de l’État concernant son discours du 22 mai est de n’avoir retenu pour l’instant qu’une infime partie du « rapport Borloo » et d’être resté évasif sur les actions qu’il allait mettre en place.

Des annonces ont toutefois été faites

« Je ne vais pas annoncer un plan ville, un plan banlieues », stratégie « aussi âgée que moi », a dit le président en guise d’introduction.

Après avoir rappelé les mesures déjà mises en place (la police de proximité et les dédoublements des classes de CP dans les quartiers prioritaires depuis septembre dernier), Emmanuel Macron a principalement parlé de 3 engagements : « des droits réels pour les habitants des quartiers », « que chacun puisse choisir sa vie » et l’idée de « refaire République ».

Parmi les actions concrètes, il a garanti que 30 000 stages de 3e seront réservés à des élèves issus des quartiers prioritaires. La moitié dans les services de l’État, la moitié dans des entreprises privées. Une mesure saluée par l’auditoire.

D’autre part, le chef de l’exécutif promet que les 120 entreprises françaises du SBF20 seront contrôlées plusieurs fois par an sur 3 ans pour vérifier qu’il n’y a pas de discrimination à l’embauche des personnes issues des quartiers populaires.

Le président dévoilera le reste de ses objectifs pour les banlieues en juillet.

La réaction des principaux concernés ne s’est pas fait attendre

Dès la sortie de l’événement organisé par l’Élysée, beaucoup d’invités se sont dits déçus par le discours d’Emmanuel Macron.

« C’était trop long son discours, il a voulu nous endormir » ironise Ndoundo, un des participants.

Plus véhémente, la maire PS de Bondy (93) Sylvine Thomassin s’est dite « écœurée » par le discours du président, qu’elle accuse « d’enfoncer des portes ouvertes ». « Je me suis sentie insultée par le président de la République, et mes collègues ont eu le même vécu que moi », a-t-elle ajouté, déplorant que le président ne prenne pas de décisions qui soient en adéquation avec « le magnifique travail fait par Jean-Louis Borloo », dont le rapport devait servir de fondation au discours du chef de l’État.

Pour Stéphane Gatignon, ancien maire de Sevran en Seine Saint-Denis, il estime que les mesures annoncées dans le discours sont « des petits pas : [il] trouve qu’il n’y a pas grand-chose dedans ». « J’attendais un discours très politique qui redonne confiance. On a un truc qui s’étiole un peu », a-t-il dit.

Jean-Louis Borloo, lui, s’estime satisfait du discours présidentiel. « Les 19 points du rapport y sont tous. J’ai retrouvé la cour d’équité territoriale, la fondation, le campus numérique, la cité éducative, la mobilisation de tout le monde. Je n’en vois pas un qui manque, sauf peut-être le programme “à la rencontre de l’autre” », a-t-il dit déclaré.