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France Travail teste un algorithme pour cibler les chômeurs

Un nouvel outil IA permet à France Travail de classer les demandeurs d'emploi en profils « suspects ». Découvrez comment fonctionne ce dispositif.
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France Travail expérimente un nouvel outil algorithmique destiné à repérer les chômeurs jugés susceptibles de manquer à leurs obligations de recherche d’emploi. Cette information provient d’une enquête menée par La Quadrature du Net, en partenariat avec la cellule investigation de Radio France, qui a eu accès à un document interne présenté au comité d’éthique IA de l’organisme.

France Travail teste un algorithme pour cibler les chômeurs



Comment fonctionne cet algorithme de contrôle de France Travail ?

Le fonctionnement de l’outil repose sur une logique de classification. Chaque personne inscrite à France Travail est répartie dans l’une de deux catégories, qualifiées de profils « suspects » et « non suspects », à partir de l’analyse de dizaines de milliers de contrôles menés par le passé. Selon La Quadrature du Net et la cellule investigation de Radio France, le modèle s’appuie sur un arbre de décision, une technique de machine learning dont les critères ont été affinés par itérations successives à partir de 60 000 contrôles antérieurs.

Les personnes classées comme « suspectes » sont alors inscrites sur une liste prioritaire, destinée à orienter les futurs contrôles de recherche d’emploi. Le dispositif a été testé sur les profils de personnes ayant connu une rupture conventionnelle, mais France Travail prévoit d’élargir progressivement son usage à d’autres catégories d’inscrits.

Parmi les 26 variables utilisées par l’algorithme, on retrouve notamment :

  • les activités déclarées par la personne ;
  • la visibilité de son CV en ligne sur la plateforme ;
  • le fait de rechercher un emploi dans un métier en tension ;
  • le niveau de formation ;
  • l’ancienneté d’inscription ;
  • l’historique des manquements, comme une absence à un rendez-vous.

Bon à savoir : selon La Quadrature du Net et la cellule investigation de Radio France, cet algorithme a été testé 2 fois jusqu’à présent sur environ 14 000 chômeurs qui ont fait l’objet d’une rupture conventionnelle.

Des millions de chômeurs potentiellement concernés

L’ampleur potentielle du dispositif interroge. Si l’algorithme venait à être généralisé à l’ensemble des inscrits, y compris aux bénéficiaires du RSA, dont l’inscription à France Travail est devenue obligatoire depuis le 1er janvier 2026, ce sont plus de 6 millions de personnes qui pourraient voir leur profil analysé chaque mois, d’après les chiffres cités par La Quadrature du Net et la cellule investigation de Radio France.

Ces contrôles dits « ciblés » représenteraient environ 40 % de l’ensemble des contrôles menés par France Travail, aux côtés des contrôles aléatoires et de ceux déclenchés sur signalement.

Un manque de transparence pointé du doigt

L’association souligne ne disposer, à ce stade, que de la liste des variables utilisées par l’algorithme, sans connaître précisément les règles qui président à la construction des profils. Une demande d’accès au code source de l’outil aurait été formulée, sans succès à ce jour.

La Quadrature du Net et la cellule investigation de Radio France rappellent également que d’autres demandes similaires, portant notamment sur les IA utilisées par France Travail pour l’envoi de propositions d’emploi par SMS ou pour l’assistance aux conseillers, seraient restées sans réponse. L’association évoque une opacité qu’elle juge difficilement conciliable avec la communication de l’organisme, qui met en avant une intelligence artificielle « éthique » et « transparente ».




Un contexte de multiplication des contrôles

Ce nouvel outil s’inscrit dans une tendance plus large de renforcement des moyens numériques de contrôle au sein de France Travail. Le nombre de contrôles de la recherche d’emploi est passé de 200 000 en 2017 à 730 000 en 2025, avec un objectif gouvernemental fixé à 1,5 million de contrôles annuels d’ici 2027.

Pour La Quadrature du Net et la cellule investigation de Radio France, cette évolution traduit une volonté d’automatiser progressivement l’ensemble de la chaîne de contrôle, de la sélection des dossiers jusqu’à la décision finale.

 

Rédacteur
Olivier Calcagno
Expert & Rédacteur


D’un naturel curieux, aimant écrire et féru d’actualité, je me suis rapidement orienté vers la rédaction web. Après un détour par la PQR (presse quotidienne régionale), me voici désormais sur démarches administratives, avec toujours la même envie : celle de vous informer le mieux possible.