Passées À venir

La surexposition aux écrans des enfants et parents pointée du doigt par les scientifiques

L’Académie des sciences, l’Académie nationale de médecine et l’Académie des technologies ont publié un appel à la vigilance ce mardi 9 avril en ce qui concerne l’utilisation des smartphones, tablettes et ordinateurs dans les familles. Elles font le point sur les risques pour les enfants et les adolescents, mais invitent aussi les parents à réguler leur propre comportement face aux écrans. Le point dans cet article.
Sommaire

Depuis quelque temps, l’utilisation intensive des écrans par les enfants et adolescents est pointée du doigt par la communauté scientifique et les risques liés à cette surexposition sont désormais un peu mieux connus. L’Académie des sciences, l’Académie nationale de médecine et l’Académie des technologies appellent de nouveau « à une vigilance raisonnée sur les technologies numériques » dans un communiqué paru ce mardi. Un point sur la question.

La surexposition aux écrans des enfants et parents pointée du doigt par les scientifiques


Pas de diabolisation des écrans

Les scientifiques des trois académies ne prônent pas l’interdiction des écrans. Ils reconnaissent d’ailleurs qu’« un nombre croissant de recherches suggère que le temps passé en ligne bénéficie à une majorité de jeunes qui en font bon usage ». « Les réseaux sociaux apprennent par exemple aux adolescents à constituer un collectif. Ils offrent une nouvelle façon d’être en rapport avec les autres et permettent d’échapper à la solitude », ajoute Serge Tisseron, psychiatre et membre de l’Académie des technologies.

Même les jeux vidéo peuvent constituer une « source de satisfactions positives et d’améliorations de certaines performances intellectuelles ».

La surexposition au cœur du problème

Si les effets bénéfiques des réseaux sociaux ou des jeux vidéo sont avérés, les effets néfastes d’une surexposition aux écrans le sont également.

« Aujourd’hui, 89 % des 13-19 ans ont un smartphone et 60 % d’entre eux déclarent qu’il reste allumé tout le temps. Et les 13-19 ans déclarent passer plus de 15 heures hebdomadaires sur les écrans », indique Yvan Touitou, membre de l’Académie nationale de médecine. « La consommation devient problématique quand les adolescents zappent d’un écran à un autre et perdent le contrôle du temps passé dessus», précise Mr Tisseron.

« Certains adolescents s’enferment dans une bulle virtuelle », observe Jean Adès, psychiatre et membre de l’Académie nationale de médecine. « La désinsertion sociale intervient quand l’utilisation excessive des écrans plonge les jeunes dans un monde virtuel et retentit sur l’apprentissage concret de la vie, en gommant la confrontation à autrui et aux difficultés pratiques », peut-on lire dans le communiqué.

Des effets néfastes et des réactions en chaîne sur la santé des adolescents

Pour le jeune habitué à consulter son téléphone ou à regarder des films sur un ordinateur au moment du coucher, les scientifiques indiquent que « si [il] est soumis à de la lumière bleue [émise par ces] écrans, celle-ci va accroître sa vigilance et inhiber sa sécrétion de mélatonine, hormone clé de l’endormissement. Les troubles du sommeil qui en résultent peuvent entraîner de la fatigue, des troubles de l’attention, une agressivité, et affecter les résultats scolaires du jeune », explique Yvan Touitou, chronobiologiste.

Une série de réactions en chaîne néfastes peut alors se mettre en place. Le jeune qui ne dort pas assez la semaine va compenser en dormant plus le week-end, ce qui accentue « la désynchronisation de l’enfant ». La fatigue accumulée ou le temps passé sur les écrans peut aussi entrainer une « diminution d’activité physique » qui aura souvent pour conséquence « une prise de poids », ajoute le professeur Jean-François Bach, membre de l’Académie de médecine.

Les chercheurs alertent aussi sur les dangers des réseaux sociaux et alertent sur « la place croissante de la violence, de la désinformation ou même du harcèlement et du prosélytisme ». Serge Tisseron explique aussi que « ceux qui n’ont pas été accompagnés dans l’usage des réseaux sociaux tombent dans le piège des fake news ou se surexposent ». Les parents doivent aussi être conscients de la facilité qu’ont les jeunes internautes à accéder à du contenu violent ou pornographique. Attention également à l’image que les jeunes peuvent développer d’eux-mêmes à travers l’utilisation des réseaux sociaux. Il est important que les parents accompagnent leurs enfants et leur apprennent à discerner le vrai du faux, l’artificiel du réel et les mettent en garde contre les phénomènes d’addiction aux jeux vidéos ou sur la possible présence de prédateurs sexuels sur la toile, etc.

Autant de thèmes que les scientifiques suggèrent d’aborder dans des « écoles des parents », des temps d’échanges organisés sur ces sujets au sein des établissements scolaires.



Le comportement des parents également mis en cause

Surtout en ce qui concerne les jeunes enfants, les scientifiques demandent aux parents d’adopter eux aussi un comportement approprié quant à l’utilisation des écrans.

« L’usage — très répandu — d’un téléphone mobile par un adulte parallèlement à ses interactions avec un jeune enfant s’accompagne de mimiques moins nombreuses et d’échanges verbaux plus limités », alors que l’enfant a besoin de ces interactions pour se développer, car il apprend beaucoup par imitation.

« Aujourd’hui on n’a pas de preuve scientifique que le comportement des parents avec les écrans entraîne des problèmes de développement social des enfants », concède Bruno Falissard, coauteur de cet appel, « mais il y a des signaux » qui laissent à penser que c’est le cas, et il va falloir « se pencher sur le problème », a-t-il souligné lors d’une conférence de presse.

« La solution, elle est simple et plutôt agréable : quand vous êtes avec vos enfants, soyez vraiment avec eux. Quand vous donnez le biberon à votre enfant, vous n’envoyez pas de tweet », conclut le pédopsychiatre.