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Les effets des écrans sur le développement du cerveau des enfants

À l’occasion de la semaine du cerveau qui s’est déroulée du 11 au 17 mars 2019, les scientifiques ont relancé le débat sur l’impact des écrans sur le cerveau, notamment chez les plus jeunes. Un point sur les recherches actuellement en cours.
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En raison de la multiplication du nombre d’écrans de tout type dans les familles (télévision, ordinateur, smartphone, tablette), les scientifiques et médecins s’interrogent au sujet des effets des écrans sur le cerveau des plus jeunes. Certaines études montrent d’ailleurs que le temps passé devant des écrans a une incidence sur l’attention, la mémoire et les apprentissages. Le point dans cet article.

Les effets des écrans sur le développement du cerveau des enfants


L’étude montre comment les écrans affectent le cerveau des enfants

La première étude de ce genre, réalisée à grande échelle sur environ 12 000 enfants par le NIH (National Institutes of Health), a pour but de suivre l’évolution du développement cognitif d’enfants âgés de 9 à 10 ans au début de l’étude sur une dizaine d’années. Cette étude appelée ABCDstudy pour (Adolescent Brain Cognitive Development ou étude du développement cognitif du cerveau adolescent en français) permet d’étudier comment le temps passé devant les écrans impacte le cerveau des enfants, ainsi que leur développement émotionnel et mental.

Même si certaines recherches nécessitent des années d’observations, certains résultats déjà rendus publics interpellent les scientifiques.

Une réduction du cortex chez les enfants qui passent plus de 7 heures par jour devant des écrans

Une des premières observations faites par les scientifiques de l’ABCDstudy, c’est que chez les enfants passant plus de 7 heures par jour sur des écrans, on observe une réduction du cortex, la couche extérieure du cerveau qui permet de traiter les informations venues des 5 sens. C’est un évènement normal du développement cérébral, mais qui apparait en général plus tard a expliqué le Dr Gaya Dowling du NIH dans l’émission 60 minutes de CBS en décembre dernier.

Toutefois, la scientifique reste prudente : « Nous ne savons pas si cela est causé par le temps passé devant un écran. Nous ne savons pas encore si c’est une mauvaise chose. » Ce ne sera qu’avec le suivi des enfants dans le temps que les chercheurs pourront tirer des conclusions sur un rapport éventuel de cause à effet.

Plus de 2 heures d’écran par jour affecteraient la réflexion et le langage

Autre observation de l’équipe de ABCDstudy, les enfants qui passent plus de 2 heures par jour sur les écrans obtiennent de moins bons résultats lorsqu’on évalue leurs capacités de réflexion et leurs compétences linguistiques.

Le Dr Dimitri Christakis, de l’hôpital pour enfants de Seattle, s’inquiète de l’effet des écrans sur les très jeunes enfants. Avec des confrères, il est responsable des dernières préconisations en matière d’écran pour l’Académie américaine de Pédiatrie qui recommandent aux parents « d’éviter l’utilisation des médias numériques, sauf le chat vidéo, chez les enfants de moins de 24 mois ».

« Nous savons que les bébés qui jouent avec un iPad n’appliquent pas ce qu’ils apprennent sur l’iPad dans le monde réel, c’est-à-dire que si vous donnez à un enfant une application où il joue à empiler des Legos virtuels, des blocs virtuels, une fois en face de vrais blocs, ils doivent tout recommencer. » Il n’y a pas de transfert de connaissances du virtuel en 2D au réel en 3D : l’apprentissage sur tablette ne remplacera donc pas de « vrais » jeux pour développer les capacités cognitives et motrices des tout-petits.



Des observations que confirment des pédiatres

Les pédiatres insistent sur l’importance de l’exploration de l’environnement pour le développement des petits. Dans le cadre de leur travail avec les enfants, des professionnels se demandent s’il n’existerait pas une corrélation entre surexposition aux écrans et retard, voire absence de langage, des troubles, qui selon elle, sont de plus en plus fréquents. « J’ai des enfants qui ne disent pratiquement rien, mais récitent l’alphabet comme des perroquets à partir de ce qu’ils ont vu sur ordinateur », a expliqué la pédiatre Sylvie Dieu Osika.

Elle observe aussi une « altération de la motricité fine » chez des petits de 3 ans, « qui ne savent pas tenir un cube » ou encore des enfants qui regardent moins les adultes parce que l’écran « fait écran ». Des problèmes qui ne seraient pas irréversibles et qui disparaissent d’après elle lorsque les enfants arrêtent les écrans.