Passées À venir

Le réaménagement de l'aéroport de Nantes Atlantique provoque la colère des riverains

Le réaménagement de l’aéroport de Nantes-Atlantique en lieu de son transfert à Notre-Dame-des-Landes suscite la polémique chez les habitants des communes alentour. Qu’en est-il ?
Sommaire

L’abandon en janvier 2018 du projet de transfert de l’aéroport Nantes-Atlantique à NDL (Notre-Dame-des-Landes) ne fait pas que des heureux. En effet, les riverains de l’actuel aéroport, déjà fortement gênés par les nuisances sonores liées à l’augmentation du trafic, s’inquiètent des conséquences du futur réaménagement. Le point dans cet article.

Le réaménagement de l’aéroport de Nantes Atlantique provoque la colère des riverains


L’abandon du projet Notre-Dame-des-Landes ne fait pas que des heureux

Beaucoup d’habitants des communes avoisinant l’actuel aéroport Nantes-Atlantique avaient investi dans l’immobilier, prenant leur mal en patience, en attendant que le transfert de l’aéroport se fasse du côté de Notre-Dame-des-Landes.

Contre toute attente, l’évolution du site du futur aéroport en ZAD (Zone à défendre) et des années de lutte avec les riverains et les associations de défense de l’environnement ont finalement poussé le gouvernement à renoncer et à annoncer l’abandon total du projet du nouvel aéroport le 17 janvier 2018.

Un « happy end » pour les opposants à NDL, mais une annonce catastrophique pour les habitants de Bouguenais ou de Saint-Aignan de Grand Lieu.

1 an après l’abandon du projet, les travaux de réaménagement devraient bientôt commencer

« On ne fera pas Notre-Dame-des-Landes à Nantes-Atlantique », assure la maire de Bouguenais Martine Lejeune, une commune se situant à une dizaine de kilomètres de Nantes. « On est enclavé dans la ville (...) La ville s’est construite au regard du projet de transfert » de l’aéroport annoncé depuis les années 1960, explique le maire de la commune voisine de Saint-Aignan de Grand Lieu, Jean-Claude Lemasson.

Joël Sauvaget, habitant de Saint-Aignan de Grand Lieu et président du Coceta (Collectif des citoyens exposés au trafic aérien), estime avoir été « dupé » par les pouvoirs publics. Il avait acheté en 2010 une maison « à 1 000 mètres de la piste » actuelle, et il est sans cesse dérangé par le bruit des avions qui le réveille aux aurores et l’empêche de pouvoir discuter dehors sur sa terrasse. « Moi j’ai toujours fait confiance à mes institutions (...) à partir du moment où tout était fait pour que le transfert se fasse, on a laissé faire le développement de Nantes-Atlantique », explique-t-il. À l’époque où il a emménagé, les élus prônaient « exactement l’inverse de ce qu’ils vont nous expliquer maintenant sur le réaménagement », ajoute-t-il dépité.

Un objectif de 15 millions de passagers contre 8 actuellement

Depuis 10 ans, le trafic ne cesse d’augmenter à l’aéroport Nantes-Atlantique. Rien qu’entre 2017 et 2018, le nombre de passagers a augmenté de 12,9 % et on a dénombré 58 632 mouvements commerciaux (décollages et atterrissages), ce qui constitue une hausse de 6,8 % sur un an.

Sur son site, la CNDP (Commission nationale du débat public) annonce des objectifs élevés pour l’aéroport nouvelle génération qui devrait être achevé autour de 2026 : accueillir « 9 millions de passagers avec un potentiel d’agrandissement à 15 millions de passagers ». Pour la maire de Bouguenais, « un scénario à 15 millions de passagers, c’est hors de question ».

Le directeur de l’aéroport Nantes-Atlantique, François Marie, a annoncé l’ouverture de 20 nouvelles lignes et d’une nouvelle base de la compagnie EasyJet en 2019. Selon lui, le réaménagement de l’aéroport répond « aux besoins de mobilité du territoire ». Ce que confirme la Présidente de région Christelle Morançais (LR) pour qui « l’objectif est que la région puisse rester attractive et qu’elle puisse se développer ».



Le projet de réaménagement rend le PGS obsolète

Autre problème suscité par le futur réaménagement et les nouveaux objectifs, ils rendent le PGS (Plan de gêne sonore) complètement obsolète. À l’automne 2018, un PGS revu a été rejeté par les communes concernées, qui devraient bientôt s’exprimer sur un nouveau PGS qui leur a été proposé en décembre, cette fois à titre simplement consultatif.

Martine Lejeune déplore que les calculs sur lesquels se base le dernier PGS en date « ne tiennent pas suffisamment compte de la réalité perçue par les habitants », rendant par la même les indemnisations prévues insuffisantes.

Le préfet de Loire-Atlantique, Claude d’Harcourt, a toutefois rappelé que l’exécutif compte mettre en place un fonds de compensation qui permettra de relocaliser un collège qui subit trop de nuisances sonores liées aux passages des avions. Le budget alloué à ce fonds suscite déjà la polémique. Tandis que l’État propose 20 millions d’euros, les collectivités locales estiment leurs besoins d’indemnisation entre 70 et 120 millions.

En mars et avril 2019, les habitants seront consultés et donneront leur avis sur plusieurs possibilités de scénarios, lors d’un débat public encadré par la CNDP. Celui-ci donnera lieu à l’établissement d’un cahier des charges, au lancement d’un appel d’offres puis finalement au choix d’un nouveau concessionnaire.