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Le travail de nuit et ses conséquences sur la santé d'après l'ANSES

Lors d’une table ronde organisée le 31 janvier 2019, l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) rappellera les risques du travail de nuit pour les travailleurs et en profitera pour donner des exemples d’entreprises qui ont adapté leurs pratiques pour préserver au maximum la santé de leurs employés. Un point dans cet article.
Sommaire

Même si les études restent peu nombreuses sur le sujet, l’influence néfaste du travail de nuit sur la santé des employés est prouvée. Une étude de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité et de Santé) datant de 2016 continu de faire autorité en la matière et l’INRS rappelle les risques d’une activité professionnelle nocturne dans un dossier publié ce mois-ci. Quels sont les risques sur la santé du travail de nuit ? Comment y remédier ?

Le travail de nuit et ses conséquences sur la santé d’après l’ANSES


Les effets du travail de nuit sur la santé

L’être humain fonctionne en fonction d’un cycle dit circadien. Naturellement, nous sommes des êtres diurnes, censés être actifs de jour et dormir la nuit. Le moment et la durée d’exposition à la lumière du soleil régulent certaines réactions physiologiques de notre organisme pour soutenir un fonctionnement optimal de notre métabolisme.

Le travail de nuit a pour conséquence une exposition limitée et parfois irrégulière à la lumière, qui engendre systématiquement un dérèglement de l’horloge biologique dont les conséquences peuvent être plus ou moins graves. Certains de ces effets néfastes sur la santé sont désormais avérés comme l’apparition de troubles du sommeil, une somnolence accrue dans les périodes « actives » ou le développement d’un syndrome métabolique (combinaison de facteurs du type excès de graisse abdominale, hyper tension artérielle, taux élevé de glucose dans le sang…), qui peut favoriser le développement du diabète ou de troubles cardiovasculaires.

Dans les effets considérés comme « probables » par l’ANSES on note des baisses de la concentration et de la mémoire, des problèmes de surpoids ou d’obésité, d’anxiété ou de dépression, de diabète, de maladies cardiovasculaires et l’apparition de cancers, plus particulièrement de cancers du sein chez la femme.

Les conséquences sur la santé du travail de nuit peuvent également varier selon les individus en fonction de facteurs sociaux et familiaux, mais aussi de la nature de leur poste et de leurs conditions de travail.

Les préconisations de l’INRS en matière de travail de nuit

Pour l’INRS, le recours au travail de nuit doit être « justifié par la nécessité d’assurer la continuité économique ou des services d’utilité sociale ». Autrement dit, si les pompiers, personnels médicaux ou employés des transports devront toujours travailler de nuit, une question se pose quant à la nécessité de faire travailler des vendeurs ou des caissières jusqu’à minuit.

Un poste de nuit peut aussi avoir des conséquences sur la santé de la femme enceinte qui doit pouvoir bénéficier d’aménagements de ses horaires ou d’un changement de poste vers un poste de jour pendant sa grossesse voire d’une suspension du contrat de travail sans perte de rémunération.

En règle générale, elle préconise d’organiser au mieux le travail de nuit lorsqu’il est nécessaire. Cela peut être en réservant les tâches les plus importantes et sensibles en début de nuit lorsque la vigilance est meilleure, en privilégiant le recours à des employés volontaires pour les horaires nocturnes, de prévoir des horaires qui correspondent à ceux des transports en commun pour faciliter le déplacement des employés et d’instaurer un dialogue entre les travailleurs de nuit et leur encadrement.

D’autre part, il est suggéré de repousser l’heure de prise de service du matin après 6 h à chaque fois que cela est possible et de ne pas faire travailler les gens plus de 8 h consécutives. Un aménagement des locaux avec une salle pouvant permettre une pause ou une microsieste dans un endroit calme avec du mobilier adapté, jouer sur l’intensité lumineuse des locaux (plus de lumière en début de nuit, moins de lumière en fin de service).

Enfin, les salariés doivent être informés sur les risques que peut avoir le travail de nuit sur leur santé et des actions de prévention doivent être menées pour les sensibiliser à avoir la meilleure hygiène de vie possible (temps de repos, alimentation, sommeil, etc.).

Certaines entreprises avancent des solutions pour limiter les horaires de nuit

L’INRS avance aussi des exemples de pratiques vertueuses. Par exemple, le théâtre national de Strasbourg a, depuis 5 ans, avancé l’horaire de certaines représentations pour permettre que le démontage du spectacle se termine avant minuit.

« Le passage aux 35 heures avait été l’occasion pour le monde du spectacle de redécouvrir le Code du travail, et de commencer à revoir les façons de travailler, note Jean-Jacques Monier, directeur technique du théâtre. Après mon arrivée ici en 2005, je me suis demandé pourquoi on faisait les démontages de nuit. Ça répondait à une tradition plus qu’à un réel besoin. J’ai alors commencé à réfléchir à une autre façon de faire. »

La fédération des entreprises de propreté effectue aussi un gros travail de communication auprès de ses clients depuis 2008, pour qu’ils acceptent que le ménage soit effectué en journée plutôt que de nuit. « Outre la réduction de la pénibilité [pour les agents d’entretien], cela a des effets positifs pour les clients (meilleure qualité du travail, relations entre donneurs d’ordres et prestataires améliorées), pour les entreprises prestataires (diminution du turn-over et de l’absentéisme) et pour leurs salariés (plus grande reconnaissance du travail effectué, gain en qualité de vie) » explique l’INRS dans un article.