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Vente de faux billets de spectacle : comment s'en protéger ?

L’arnaque aux faux billets de spectacle continue de faire des ravages dans le monde du divertissement et touche des milliers de fans à travers l’Union européenne. Éclaircissements.
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Prix plus élevé, billet non valide, place sous le nom d’une autre personne, etc. Acheter son billet sur un site de revente non agréé pour assister au concert de son chanteur préféré ou supporter l’équipe de son cœur peut comporter des risques. C’est la raison pour laquelle les 8 organisations de défense des consommateurs membres du BEUC (Bureau européen des unions de consommateurs) tiennent à alerter les citoyens européens sur les pratiques commerciales trompeuses et illégales de certains sites, parmi lesquels figurent des plateformes très connues. Faisons un point sur cette arnaque qui se répand dans toute l’Union européenne.

Vente de faux billets de spectacle : comment s’en protéger ?


Une technique frauduleuse et déloyale

Les sites de revente de billets de spectacle non agréés se présentent comme des distributeurs officiels — dans certains pays, ils le sont réellement, car la revente organisée est légale — alors qu’en réalité, ils ne sont généralement pas autorisés à revendre des billets en France. Grâce à de gros moyens financiers, ces sociétés n’hésitent pas à payer les moteurs de recherche pour être mieux référencées que les billetteries officielles.

Leurs pratiques commerciales consistent à acheter des billets en masse (des dizaines de milliers), dès l’ouverture des ventes, pour les revendre au prix fort une fois que les stocks sont épuisés (« sold out » en anglais). Il arrive parfois que des billets soient vendus avant même la confirmation d’un évènement.

Il existe 2 types d’acteurs derrière ce business juteux.

  • Les acheteurs et revendeurs « professionnels », qui n’hésitent pas à acheter un maximum de billets afin de les revendre plus cher. Cette opération est relativement simple à exécuter. Il suffit de créer des dizaines d’adresses mail ou d’adresses IP (numéro qui permet d’identifier un ordinateur), chacune reliée à une carte de crédit différente, puis d’avoir plusieurs personnes à disposition pour acheter simultanément des billets au moment de la mise en vente. Un Américain est actuellement en prison pour avoir utilisé 10 000 adresses IP, 500 cartes de crédit et 12 boîtes postales en 2013. L’escroc avait gagné plus de 42 millions de dollars.
  • Les « botnets », ces « robots du net » très sophistiqués, qui ont pour mission de capter rapidement et à grande échelle les billets mis en vente sur les sites officiels. Ils sont redoutables et laissent encore moins de chance au grand public d’obtenir des billets à leur vraie valeur. Florence Sèdes, professeur d’informatique à l’université Toulouse III, explique que ces logiciels programmés se comportent exactement comme des humains qui chercheraient à acheter des places pour aller voir un spectacle. « Ils savent visiter un site, s’y logger, choisir un nombre de places et payer ». Par exemple en 2015, le groupe de rock U2 avait organisé une tournée américaine dans plus de 20 salles à travers les États-Unis, il n’a fallu que 2 botnets pour acheter 15 000 billets.

Il faut également être vigilant avec les petits arnaqueurs qui agissent directement sur le terrain. Leur technique consiste à acheter un billet, le dupliquer en plusieurs exemplaires et les revendre devant la salle de concert, le stade ou l’entrée du festival.

Les risques d’acheter un billet sur un site de revente

À l’occasion du lancement d’une campagne de prévention qui a eu lieu le jeudi 6 juin 2019, la directrice générale du BEUC, Monique Goyens, a rappelé que « l’achat d’un billet pour un évènement auprès d’un revendeur en ligne non autorisé est risqué et peut coûter très cher ».

La Belgique, l’Espagne, la Finlande, la Pologne, la République Tchèque, la Slovénie, la Slovaquie et la Suisse ont donc décidé de mener cette campagne de sensibilisation pour mettre en garde les Européens sur les risques d’acheter des billets d’évènements sportifs ou de spectacles sur des sites de revente non agréés.

En effet, pour les consommateurs qui font appel à ce type de société les risques peuvent être nombreux :

  • payer un billet beaucoup plus cher
  • acheter un billet au nom d’une autre personne et ne pas pouvoir entrer dans le stade ou la salle de concert
  • ne pas recevoir le billet ou du moins pas le bon (place pour un autre évènement ou une autre date par exemple)
  • payer des frais supplémentaires (relativement bien dissimulés) à la fin du processus de réservation (frais de livraison, frais de réservation, etc.) et ne jamais pouvoir contacter le service clientèle (faux numéro par exemple)

Certains sites de revente non agréés sont dans le collimateur

Les associations de défense des consommateurs ciblent plus particulièrement certaines plateformes de revente de billets, parmi lesquelles Viagogo, Mywayticket, Safetickets et StubHub.

D’ailleurs, Viagogo, l’un des sites les plus connus, a été dans l’œil du cyclone et visé par de nombreuses plaintes pour revente illicite de billets dans plusieurs pays de l’UE. En décembre 2017, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a donné une injonction à la société à « cesser les pratiques commerciales trompeuses ».

Puis fin janvier 2018, c’est le PRODISS (Syndicat national du spectacle musical et de variété) regroupant plus de 350 producteurs, salles de spectacle et festivals, qui a porté plainte au pénal contre le site de revente de billets. Toutes ces entreprises du spectacle musical et de variété étaient mécontentes des pratiques commerciales du site de revente de billets Viagogo, jugées mauvaises et trompeuses depuis 2011 (frais de réservation exorbitants, des prix de revente largement supérieurs aux prix d’achat, etc.). D’ailleurs, ils ont profité de cette occasion pour lancer la campagne d’alerte #FanPasGogo sur les réseaux sociaux pour sensibiliser le grand public.

La directrice du PRODISS, Malika Séguineau, explique que la spéculation des billets revendus nuit gravement à l’image des producteurs. Elle parle même de « déficit d’image ».



Les conseils pour vous prémunir de l’arnaque au faux billet de spectacle

Avant d’acheter un billet et surtout éviter une mauvaise surprise, le BEUC vous conseille de vérifier si le site Web a bien reçu l’autorisation des organisateurs officiels de l’évènement de revendre des billets. Normalement, cette information est disponible sur le site Web des organisateurs.

Le moyen le plus sûr pour éviter toute déconvenue est d’acheter vos billets sur les sites officiels.

Vous devez également vous méfier des déclarations confuses et des phrases du type « vendre vite », « il ne reste plus que quelques billets », « 20 autres personnes regardent actuellement cet évènement » ou encore « moins de 2 % des billets restants pour cet évènement ». Il est important de ne pas vous laisser influencer.

Le BEUC vous recommande fortement de vérifier si des règles spécifiques pour accéder à un évènement existent, comme des restrictions d’entrée où seuls les détenteurs de billets achetés par des revendeurs autorisés peuvent entrer dans la salle.

Les réflexes à adopter si vous êtes victime de l’escroquerie à la billetterie

Dans le cas où vous seriez victime de l’arnaque aux faux billets de spectacle, n’hésitez pas à porter plainte auprès de la police ou de la gendarmerie pour escroquerie. Saisissez également la DDPP (Direction départementale de la protection des populations) ou de la DDCSPP (Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations) de votre département.

Cependant, le BEUC est relativement pessimiste quant à vos chances de faire respecter vos droits, car généralement, ces sites de revente de billets non agréés œuvrent au-delà des frontières de l’Union européenne. En revanche, si le site est basé au sein de l’UE, vous pouvez vous rapprocher du CEC France (Centre européen des consommateurs) qui s’occupe de la protection des consommateurs en Europe.

Aussi, il est important d’avertir le producteur ou l’organisateur de l’évènement que de faux billets de spectacle sont en circulation. Ainsi, ils pourront porter plainte pour revente illicite et surtout agir en conséquence pour prémunir les autres fans contre cette arnaque.

Les sanctions encourues par les revendeurs de billets

Selon l’article 313-6-2 du Code pénal, il est interdit d’exposer, d’offrir à la vente ou de vendre « de manière habituelle » des billets d’évènements sportifs, culturels ou commerciaux ou de spectacles vivants sans avoir obtenu l’autorisation des producteurs, des organisateurs, ou des propriétaires des droits d’exploitation de l’évènement ou du spectacle.

Tout contrevenant risque une peine de 15 000 € d’amende. En cas de récidive, il s’expose à une amende de 30 000 €.

Concernant les revendeurs qui proposent des billets à des prix supérieurs à leur valeur d’achat, il faut savoir que cette opération est illégale lorsque les spectacles sont subventionnés par l’État, les départements ou les communes (loi du 27 juin 1919 portant répression du trafic des billets de théâtre).

Malgré ces dispositions, il est extrêmement difficile de lutter contre le marché noir, plus particulièrement depuis l’avènement d’Internet qui favorise grandement les arnaques.