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Harcèlement de rue : un an après, quel est le bilan des associations ?

L’entrée en vigueur de la loi contre le harcèlement de rue a-t-elle permis d’améliorer le quotidien des femmes ? Se sentent-elles plus en sécurité ? Cette mesure est-elle efficace ? Les associations font le bilan.
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La loi contre le harcèlement de rue et les débats qu’elle a provoqués ont mis en lumière un véritable problème de société : les insultes, les injures, et les comportements sexistes ou sexuels dont sont régulièrement victimes les femmes dans l’espace public. Les associations dressent le bilan de la mesure un an après son entrée en vigueur. Sont-elles satisfaites ? La verbalisation des auteurs pris en flagrant délit a-t-elle engrangé une baisse du nombre de ces incivilités et violences ?

Harcèlement de rue : un an après, quel est le bilan des associations ?


713 contraventions pour outrage sexiste en 1 an

Les résultats sont « encourageants » selon la secrétaire d’État chargée de l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa. Grâce à la loi sur les violences sexistes et sexuelles, « il n’est plus permis et ne doit plus être toléré d’invectiver, de suivre, d’humilier les femmes en les harcelant dans la rue, les transports ou l’espace public », a-t-elle déclaré.

713 contraventions pour outrage sexiste ont été dressées dans toute la France depuis un an, lorsque les forces de l’ordre ont pu prendre les auteurs de l’infraction en flagrant délit. L’amende pour « propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste » s’élève au minimum à 90 €, mais peut être majorée et aller jusqu’à 1 500 € lors de circonstance aggravante (si la victime est une mineure de moins de 15 ans par exemple).

Une avancée symbolique

Il y a certes eu une avancée symbolique, car cela a permis de sensibiliser l’opinion publique à ce fléau. Mais pour les associations, cette mesure est insuffisante et n’a pas créé de véritable changement dans le quotidien des femmes. « Il ne faudrait pas que le chiffre des verbalisations devienne le chiffre officiel servant à quantifier le phénomène », a déclaré la militante marseillaise Anaïs Bourdet. Les 713 contraventions octroyées sont loin d’être représentatives de l’ampleur du phénomène. En effet, la plupart des auteurs ne harcèlent pas les femmes en présence des forces de l’ordre.

Sur son blog « Paye ta shnek », elle a d’ailleurs continué de recevoir de nombreux témoignages de femmes victimes de harcèlement, de violence et d’injures ; plus de 15 000 en tout. Découragée par toute cette violence, Anaïs Bourdet a annoncé la fermeture de son site en juin dernier. « Il faut se pencher sur l’origine du problème, en mettant l’accent sur la prévention, pour changer les mentalités dès la maternelle. Sinon, c’est un pansement sur une plaie béante », a-t-elle ajouté.

Un manque de considération de la part des forces de l’ordre

Pour l’association Stop au harcèlement de rue, c’est le même constat : « L’impunité n’est pas totale, et c’est tant mieux », mais ce chiffre est « très éloigné de la réalité, car les femmes qui se font harceler, c’est tous les jours », souligne Julie Peigné, l’une des militantes.

Elle dénonce également un autre problème, également soulevé récemment par l’association des familles et proches de victimes de féminicides : le manque de considération ou de sérieux de certains policiers lorsque les femmes victimes se présentent au commissariat. « On leur demande si elles avaient bu ou comment elles étaient habillées, ou bien on leur dit que ce n’est pas grave, qu’elles vont s’en remettre », témoigne Mme Peigné.

L’association souhaite que des modules de formation spécifiques soient dispensés aux policiers et aux gendarmes concernant la prise en charge des femmes victimes de violences.