ZFE : quel est leur véritable impact sur les voitures et la pollution ?
Les zones à faibles émissions (ZFE) ont-elles réellement permis de rendre le parc automobile plus propre ? Une étude de l’Insee apporte des éléments de réponse en évaluant les effets du dispositif dans plusieurs grandes métropoles.
Les ZFE accélèrent le renouvellement du parc automobile
Mises en place progressivement dans les grandes agglomérations, les ZFE ont pour objectif de limiter la circulation des véhicules considérés comme les plus polluants. Le dispositif repose notamment sur la classification Crit’Air, qui permet de distinguer les véhicules selon leur motorisation et leur niveau d’émissions.
L’étude de l’Insee montre que le parc automobile s’est globalement modernisé au cours des dernières années, y compris dans les territoires qui ne disposent pas de ZFE. Les véhicules anciens sont progressivement remplacés par des modèles plus récents, soumis à des normes antipollution plus strictes.
Autrement dit, l’amélioration observée dans les ZFE ne peut pas être attribuée uniquement aux restrictions de circulation. Selon l’Insee, « le verdissement du parc tient d’abord au renouvellement tendanciel des véhicules ». Les zones à faibles émissions jouent néanmoins un rôle supplémentaire en accélérant la disparition des véhicules les plus anciens et en favorisant la progression des voitures affichant les meilleurs niveaux de classification Crit’Air.
Les voitures les moins polluantes progressent davantage dans les ZFE
Entre 3 ans avant et 2 ans après la mise en place d’une ZFE, la part des véhicules Crit’Air 1 et électriques progresse fortement. Dans les territoires étudiés par l’Insee, le nombre de ces véhicules augmente de 88,4 % sur cette période. Mais cette progression ne résulte pas entièrement du dispositif : l’Insee estime que 5,8 points de cette hausse sont directement attribuables aux zones à faibles émissions.
Le constat est également visible pour les catégories de véhicules plus polluantes. Le parc de voitures Crit’Air 3 diminue de 34,5 %, tandis que celui des Crit’Air 4 recule de 53,6 %. Là encore, les ZFE accentuent une évolution déjà engagée. L’effet estimé du dispositif représente ainsi 4,5 points de baisse pour les Crit’Air 3 et 5,5 points pour les Crit’Air 4.
Un effet également visible sur le marché de l’occasion
L’étude met en évidence un autre phénomène : les ZFE influencent les achats de voitures d’occasion. Les restrictions de circulation peuvent inciter certains automobilistes à anticiper la nécessité de changer de véhicule. Cette évolution se traduit notamment par une réorientation des achats vers des modèles mieux classés.
À l’inverse, certains véhicules plus polluants peuvent être revendus dans des territoires qui ne sont pas soumis aux mêmes restrictions. Les ZFE peuvent donc contribuer à déplacer une partie du parc ancien vers d’autres zones géographiques. L’Insee souligne toutefois que ce phénomène concerne davantage les territoires éloignés des ZFE que leurs communes périphériques immédiates.
Les ZFE ont-elles fait baisser les émissions polluantes ?
Le verdissement du parc automobile s’accompagne logiquement d’une diminution des émissions. Mais, là encore, l’étude invite à distinguer l’effet général du renouvellement des véhicules de celui propre aux ZFE. Entre 3 ans avant et 2 ans après la mise en place d’une ZFE, les émissions d’oxydes d’azote associées aux voitures diminuent de 38,9 % dans les territoires étudiés.
Sans ZFE, l’Insee estime que cette baisse aurait atteint 34,3 %. Le dispositif serait donc responsable de 4,6 points supplémentaires de diminution. Pour les particules fines, les émissions reculent de 31,1 %, mais seulement 1,4 point de cette baisse est attribuable aux ZFE. Le même phénomène est observé pour le dioxyde de carbone. Les émissions diminuent de 10 %, dont 1,7 point lié au dispositif.
Peu de changement dans les habitudes de déplacement
Et d’ailleurs, la mise en place d’une ZFE a-t-elle incité les habitants à moins utiliser leur voiture ? Sur ce point, l’étude de l’Insee apporte une réponse beaucoup plus nuancée. 2 ans après l’entrée en vigueur d’une zone à faibles émissions, le nombre de voitures en circulation diminue légèrement, de 1,3 %. En revanche, les chercheurs ne constatent pas de diminution significative des distances parcourues en voiture.
Le nombre de déplacements domicile-travail effectués en voiture ne baisse pas non plus de manière significative. Les ZFE semblent donc avoir davantage modifié le type de véhicules utilisés que la manière de se déplacer.
Les effets sont plus importants dans certaines communes
L’étude relève également des différences selon le niveau de vie des communes. L’effet des ZFE apparaît plus marqué dans les communes aux revenus intermédiaires ou modestes. Ces territoires disposent initialement d’un parc automobile plus ancien et davantage composé de véhicules susceptibles d’être concernés par les restrictions.
À l’inverse, dans les communes les plus aisées, les véhicules sont en moyenne mieux classés selon la vignette Crit’Air. Les ménages y sont donc moins directement exposés aux restrictions visant les véhicules les plus polluants.