Passées À venir

80 km/h : le gouvernement envisage de donner plus de pouvoir de décision aux élus locaux

Au 1er juillet 2018, les routes secondaires sans séparateur ont été limitées à 80 km/h, déclenchant un tollé national. C’est désormais l’exécutif qui affiche des divisions entre un Premier ministre qui loue l’efficacité de la mesure et le Président de la République qui envisagerait de revenir dessus. Qu’en est-il ?
Sommaire

Élus et gilets jaunes ont vivement critiqué l’abaissement de la vitesse autorisée sur les routes secondaires à 80 km/h. La mesure vivement décriée par une majorité de la population aurait été la cause de la dégradation de plusieurs radars fixes et est maintenant souvent mise sur la table lors des discussions qui ont lieu dans le cadre du « Grand Débat National ». Le Président de la République Emmanuel Macron serait prêt à revenir sur cette mesure controversée tandis que le Premier ministre souhaite qu’elle soit maintenue en vertu de la baisse de la mortalité sur les routes qu’elle a engendrée. Un point sur la situation.

80 km/h : le gouvernement envisage de donner plus de pouvoir de décision aux élus locaux


Le Président de la République doute

Selon un sondage Opinion Way commandé par LCI, 78 % des personnes interrogées souhaitent un abandon des limitations de vitesse à 80 km/h mises en place depuis juillet. Selon certains analystes, cette mesure aurait aussi eu un effet déclencheur de la crise des gilets jaunes.

Interrogé sur la question au cours d’un débat public dans l’Eure le 15 janvier dernier, le chef de l’État avait déclaré : « Est-ce qu’il faut tout arrêter ? Franchement, non… Est-ce qu’on peut faire quelque chose qui soit mieux accepté et plus intelligent ? Sans doute, oui », indiquant déjà des signes de fléchissement.

Lors d’un entretien privé avec Laurent Wauquiez (LR) qui a eu lieu jeudi, le Président se serait même justifié : « Je n’y suis pour rien dans cette affaire. C’est le Premier ministre, et c’était une connerie. D’ailleurs, cette mesure n’était pas dans mon programme ».

Il a depuis quelque peu rattrapé ses propos pendant sa visite en Égypte dimanche en soulignant « l’engagement courageux [du Premier ministre] » et l’utilité de la mesure.

Des résultats chiffrés confortent Édouard Philippe

Le Premier ministre quant à lui s’est cantonné à exposer en chiffres les effets de la mesure. « Il n’y a jamais eu aussi peu de morts sur les routes françaises », a-t-il exposé. 3 259 morts sur les routes en 2018 contre 3 448 morts l’an passé en France métropolitaine et un « bilan provisoire positif de sa mesure : “116 vies épargnées depuis le 1er juillet sur le réseau abaissé à 80 km/h. Je suis fier de ces vies épargnées”, a-t-il déclaré.

Pour Jehanne Collard, avocat spécialiste de la défense des victimes de la route “Depuis Jacques Chirac, on n’avait jamais vu autant de courage” a-t-elle déclaré sur BFM TV.

Un ministre également présent a par ailleurs confié que “sans la destruction des radars pendant la crise des gilets jaunes, nous aurions pu sauver 30 vies de plus par mois”.

Le compromis envisagé : donner plus de pouvoir de décision aux élus locaux

Le compromis envisagé serait de permettre aux départements d’avoir un pouvoir de décision plus grand concernant les limitations de vitesse. Ils pourraient choisir de maintenir la mesure sur certains tronçons plus dangereux que d’autres et de l’abandonner pour d’autres. Mais qui a vraiment envie de prendre la responsabilité de repasser des tronçons de route à 90 km/h et d’assumer des chiffres d’accidents mortels qui repartiraient à la hausse ?

Nous souhaitons, avec le ministre de l’Intérieur, faire en sorte que chaque département, chaque président de conseil départemental soit informé des chiffres dans son département. Ensuite, chacun prendra ses responsabilités” a indiqué Édouard Philippe. “Ce que je ne remettrai jamais en cause c’est le niveau d’ambition et le niveau d’importance de cette politique publique” a-t-il conclu.