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Changing Markets fait le point sur les certifications écologiques souvent source de confusion pour le consommateur

Les certifications écologiques sont-ils un gage de pratiques respectueuses de l'environnement ou sont-ils un simple outil marketing ?
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La demande pour des produits plus éthiques et écologiquement responsables est en forte hausse depuis quelques années. Un des moyens rapides pour les acheteurs d’identifier un de ces produits est la présence sur l’emballage d’un logo représentant une éco-certification. Mais sont-ils toujours fiables ?

Changing Markets fait le point sur les certifications écologiques souvent source de confusion pour le consommateur



Les consommateurs sont prêts à payer plus cher

Une étude de 2015, menée par l’institut Nielsen sur environ 30 000 consommateurs de 60 pays différents montre que 66 % d’entre eux sont disposés à payer leurs produits plus chers s’ils sont respectueux de l’environnement et ont un impact social positif (comme les produits issus du commerce équitable).

C’est un marché en forte hausse et les industriels ne souhaitent pas rater cette transition. Pour autant, plus qu’une réelle volonté d’avoir un impact positif sur la planète, c’est plutôt la recherche de profit qui pousse certaines entreprises à se faire « certifier ».

La fondation Changing Markets dresse un état des lieux pour 3 grands secteurs polluants

La fondation Changing Markets a publié un rapport en mai 2018 sur les différentes certifications présentes dans 3 secteurs ayant un impact particulièrement négatif sur la planète. Leur choix s’est porté sur le commerce et l’utilisation massive d’huile de palme, qui provoque déforestation, gaz à effets de serre, feux de forêt et disparitions d’espèces protégées comme les orangs-outangs, éléphants ou rhinocéros, mais aussi sur la pêche industrielle qui vide littéralement les océans de nombreuses espèces en dépassant les quotas de pêche, et ne permet plus le renouvellement des stocks de poisson. C’est également une industrie où il y a beaucoup de gâchis (10 millions de tonnes de poissons morts, mais comestibles, sont rejetés à la mer chaque année).

Quant à l’industrie textile, elle est responsable de 20 % de la pollution globale de l’eau au niveau mondial, ¼ des produits chimiques de la planète sont utilisés dans la culture du coton, dans la fabrication et la teinture des vêtements et c’est une filière où les droits des ouvriers, souvent issus de pays sous-développés sont régulièrement bafoués.

Le besoin des entreprises d’adopter des pratiques plus éco-responsables et éthiques est une évidence, mais comment le consommateur peut-il identifier celles qui font un réel effort dans ce sens ?

Le lobbying sur les certifications

Depuis quelques années, les consommateurs sont plus sensibles aux enjeux environnementaux et sociaux. Toutefois, la majorité d’entre eux se fie à la présence d’un logo sur l’emballage pour faire leur choix et peu savent ce que signifient réellement ces certifications. En ce qui concerne les produits de la mer, poisson et crustacé, il existe 2 certifications principales sur le marché : FOS et MSC.

En théorie, les deux organisations interdisent l’usage de techniques de pêche destructrices et récompensent les pêcheries qui sont dans une démarche de « pêche durable. » En pratique, des irrégularités parfois douteuses ont été constatées dans l’attribution des certifications. Comme l’explique le rapport de Changing Markets, certaines pêcheries qui dépassent les quotas de pêche ont tout de même pu obtenir la certification environnementale.

De ce fait, même si les experts considèrent que ce qui est certifié est toujours plus respectueux de la planète que le reste, la fondation Changing Markets déplore les compromis faits par MSC ou FOS qui permettent aux gros distributeurs de se faire certifier « durable » (les supermarchés Walmart, Mc Donald...).

Même constat pour le secteur de l’huile de palme où les éco-certifications se sont multipliées ces dernières années. RSPO est souvent la référence en la matière, mais elle a aussi ses inconvénients : elle autorise par exemple les forêts secondaires (c’est-à-dire replanter là où on a défriché ce qui ne garantit pas du tout le respect de la biodiversité et la protection des espèces), et le drainage des tourbières (qui ne permettent alors plus de retenir efficacement le CO2).

Que ce soit RSPO, ISCC, RSB, RA ou ISPO, ils n’ont malheureusement pas de réels impacts positifs sur le ralentissement de la déforestation ou la préservation de la biodiversité.

Dans l’industrie textile, le rapport dénonce l’opacité des certifications, due notamment au fait que les entreprises peuvent choisir sur quel aspect de leur production elles souhaitent être évaluées. Pour le coton, des organisations comme BCI (The Better Cotton Initiative) sont censées promouvoir des modes de culture plus respectueux, mais autorisent les graines de coton OGM et l’utilisation de produits toxiques pour traiter les cultures... Et BCI tend à se développer beaucoup plus que d’autres certifications qui exigent du coton 100 % bio.



Quel avenir pour les certifications écologiques ?

Les conclusions de Changing Market sont édifiantes. La cinquantaine de pages que contient leur rapport montre à quel point les certifications actuelles entraînent plus de confusion chez le consommateur que de réels changements positifs pour la planète.

Ils préconisent donc une remise à plat totale des certifications, beaucoup plus de transparence, des règles à l’international pour une harmonisation des conditions d’obtention, et des normes beaucoup plus élevées qui poussent à une véritable évolution dans les modes de production plutôt que de simplement viser à décorer les emballages des produits avec des logos pour mieux duper le consommateur.

MSC et RSPO ont déjà annoncé des changements dans leurs critères d’attribution pour 2018. Il est d’autre part de la responsabilité de l’acheteur de s’intéresser aux comportements globaux des entreprises plutôt qu’à la simple présence d’une certification sur les produits.


(Image changingmarkets.org)