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Human Rights Watch dénonce que des enfants migrants soient laissés à leur sort à Paris

On estime qu’environ 200 jeunes migrants, probablement mineurs, dorment chaque nuit dans les rues de Paris. Le droit français garantit le droit à l’hébergement et à l’éducation des mineurs, mais leur âge est parfois difficile à évaluer. Qu’en est-il ?

L’ONG Human Rights Watch (HRW) a entamé une enquête en février 2018 basée sur des entretiens avec des migrants mineurs à Paris. Dans son rapport de 82 pages, l’ONG dénonce la non-assistance dont sont victimes ces jeunes, notamment en raison du fait qu’il leur est parfois impossible de justifier de leur âge auprès des autorités qui refusent de leur apporter la protection due aux mineurs. La Croix-Rouge française et la Ville de Paris contestent certaines conclusions de ce rapport. Le point sur la situation.

Human Rights Watch dénonce que des enfants migrants soient laissés à leur sort à Paris



Des retours d’expérience inquiètent Human Rights

Dans son rapport l’ONG explique avoir mené des entretiens avec de jeunes migrants se déclarant mineurs ainsi qu’avec des « avocats, des personnels soignants, des personnels d’organisations humanitaires et des bénévoles distribuant de la nourriture ».

Nombre d’entre eux dénoncent des « procédures arbitraires et des retards excessifs dans la détermination de leur statut de mineur » qui les empêchent d’accéder à la protection des services de l’enfance. En effet, en France, les mineurs ne peuvent pas être expulsés et sont censés avoir accès à l’hébergement et à l’éducation.

Les difficultés des jeunes migrants pour prouver leur âge

Selon Human Rights Watch, pour certains mineurs, leur âge est difficile à prouver. Il arrive qu’ils ne soient pas en mesure de présenter des papiers d’identité qui peuvent avoir été perdus ou volés durant leur périple. Dans d’autres cas, ce sont les autorités françaises qui remettent en cause l’authenticité des documents qu’ils présentent.

Lorsque l’arrivant n’a pas de papiers, c’est la Croix-Rouge qui est mandatée pour « évaluer l’âge des enfants non accompagnés à Paris », dans une structure dédiée : le DEMIE (dispositif d’évaluation des mineurs isolés étrangers).

Certains témoignages font état d’entretiens « flash » et « mal menés », d’autres décrivent des conditions de refus arbitraires tel que « le fait d’avoir travaillé » dans son pays d’origine qui serait « un motif de refus fréquemment utilisé » ou « la décision des jeunes de voyager sans leurs parents ». Certains ressortissants de pays francophones auraient même obtenu un refus parce « qu’ils maîtrisaient trop bien le français ».

La méthodologie de l’enquête est vivement critiquée

L’étude menée par l’ONG Human Rights est fondée sur 49 entretiens avec des demandeurs d’asile et migrants à Paris, tous de sexe masculin, qui s’identifiaient comme des enfants âgés de moins de 18 ans. Les témoignages de ces jeunes ont été recueillis entre mai et juin 2018.

Le rapport qui a été rédigé à la suite de cette étude et ses conclusions ont été transmises à l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et des apatrides), à l’équipe de protection de l’enfance de la Mairie de Paris, à l’institution du Défenseur des droits, et la Croix-Rouge française.

Dans une lettre adressée à HRW, la Croix-Rouge met en doute la méthodologie de l’étude menée par l’ONG rappelant que l’échantillon des personnes interrogées doit être « représentatif de l’ensemble du public qu’accueille le DEMIE pour pouvoir porter un regard juste sur son activité ».

La Croix-Rouge dément totalement les accusations d’entretiens « flashs », certifie de ne « jamais refuser l’entrée à un jeune » et utiliser un référentiel pour son évaluation. Elle rappelle aussi que grâce au DEMIE, « plus de 6 600 personnes ont été accueillies » en 2017.



La ville de Paris assure mettre en place les moyens nécessaires

Critiquée en tant qu’instance départementale, la Ville de Paris a elle aussi mis en cause la méthodologie de l’enquête menée par Human Rights Watch et le nombre insuffisant de témoignages recueillis. Elle déplore également qu’« aucun autre exemple que le cas parisien » n’ait été cité.

Lors d’une conférence de presse, elle a informé de la mise en place d’un système de notification systématique des décisions depuis mai 2018. Elle rappelle avoir lancé un « plan d’action » depuis 2015 avec des équipes d’évaluation deux fois plus nombreuses et une amélioration significative du dispositif de mise à l’abri des jeunes en attente d’évaluation.

La Ville de Paris a également pour projet d’ouvrir un « lieu d’accueil de jour dédié aux jeunes évalués majeurs », même si cela ne relève pas de ses missions.