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Provenance et composition des vêtements : Des solutions pour améliorer leur traçabilité

Au même titre qu’ils s’intéressent de plus en plus à l’origine et à la qualité des produits alimentaires qu’ils achètent, les consommateurs s’intéressent désormais à l’origine des matières de leurs vêtements et aux conditions de travail des ouvriers qui les fabriquent. Comment améliorer la traçabilité de ces produits ?
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Les pesticides utilisés sur les matières premières, la toxicité des teintures, ou encore les conditions de travail des ouvriers du textile sont des problématiques auxquelles les consommateurs commencent à s’intéresser. Mais actuellement, il n’existe pas de loi obligeant les fabricants à livrer ce type d’information. Toutefois, des entreprises envisagent des solutions pour améliorer la traçabilité des produits textiles. Quelles sont-elles ?

Provenance et composition des vêtements : Des solutions pour améliorer leur traçabilité


L’origine des produits textiles, un enjeu de santé

« Le textile est un peu dans la situation de l’agroalimentaire au moment du scandale de la vache folle ». « On ne sait pas ce qu’on porte, comme à l’époque on ne savait pas ce qu’on avait dans notre assiette », résume Josselin Vogel, cofondateur de ViJi, qui accompagne les professionnels vers une meilleure traçabilité de leurs produits.

Même si l’origine des vêtements ne guide pas encore le choix des acheteurs, il pense que cela ne tardera pas. « On a commencé par les préoccupations sanitaires, et on va passer sur les aspects davantage moraux, éthiques ».

Il précise que pour le textile comme pour l’alimentaire, « l’aspect sanitaire est aussi important, parce qu’il peut s’agir de produits portés à même la peau. Avec la question des perturbateurs endocriniens, il y a là aussi un enjeu de sécurité ».

L’opacité de la filière textile

« Le marché du textile consiste souvent à acheter des produits finis. Quand vous achetez un vêtement à votre confectionneur, vous n’avez pas toute la lisibilité sur les étapes précédentes ». Pourtant, de la conception d’un vêtement à son arrivée en boutique, il peut y avoir de 7 à 12 intermédiaires : de la production des matières premières à la couture en passant par la teinture, etc.

La multiplication des intermédiaires rend compliqué le traçage de l’origine des vêtements et les informations relatives aux matières premières et substances utilisées et aux conditions de travail des ouvriers n’arrivent pas jusqu’au consommateur.

La blockchain, une solution digitale

L’une des solutions possibles est d’utiliser la blockchain, comme le propose l’entreprise Tilkal, dont le principe est le suivant : les différents acteurs d’une filière saisissent des informations concernant leur activité sur un logiciel sécurisé et ces données sont ensuite disponibles pour le consommateur final via une application.

En scannant le code-barre d’un produit, l’acheteur peut avoir accès à tout l’historique de fabrication du vêtement et ainsi privilégier certains produits en fonction des critères qui lui importe (produits éthiques, absence de substance toxique, made in France, bien-être animal, etc.).

Se pose néanmoins la question de la fiabilité des informations données par les fabricants. « L’énorme majorité des acteurs, notamment en Europe, sont plutôt vertueux », assure Matthieu Hug, le directeur général de Tilkal. « Leur problème, c’est qu’ils ont du mal à se différencier des quelques moutons noirs ». Mais la transparence pourrait bientôt devenir un réel argument commercial.



Des biomarqueurs pulvérisés pour retracer l’histoire d’un vêtement

Michela Puddu, la cofondatrice et coinventrice du procédé Haelixa, propose via son entreprise la fabrication d’un biomarqueur unique par produit qui peut être pulvérisé à chaque étape de son procédé de fabrication.

Cet « ADN artificiel » peut aussi bien être pulvérisé sur des champs de coton, que dans des usines de filage, ou dans des ateliers textiles. Les biomarqueurs sont extrêmement résistants, non toxiques et non polluants.

Des contrôles peuvent avoir lieu à tout moment, les traces ADN restent détectables tout au long de la chaine de fabrication et permettent d’établir avec précision la « filiation » d’un produit. Les informations sont ensuite mises en ligne et accessibles au consommateur final.

L’ADN utilisé est issu de fruits, de légumes ou fabriqué artificiellement. Il est ensuite enfermé dans des nanosphères de 1/10.000 mm de diamètre qui peuvent être pulvérisées sur tout type de produit : du textile, des pierres précieuses, des produits alimentaires, etc.