Faut-il baisser les taxes sur le carburant ? Non, répond un rapport
À chaque flambée des prix à la pompe, la même question revient dans le débat public : l’État devrait-il réduire les taxes sur le carburant pour soulager les ménages et les entreprises ? Un rapport du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), publié ce mercredi 3 juin 2026, apporte une réponse tranchée à cette question.
Carburant et taxes : de quoi parle-t-on exactement ?
Le prix payé à la pompe ne reflète qu’en partie le coût réel du carburant. En effet, les taxes sur le carburant représentent en moyenne 56 % du prix total. Deux prélèvements concentrent l’essentiel de cette charge : les droits d’accises sur les produits énergétiques et la TVA. Ces deux taxes représentent à elles seules la grande majorité de la fiscalité énergétique, qui atteignait 59,7 milliards d’euros en 2024, soit environ 2 % du PIB.
L’accise fonctionne sur les quantités mises en circulation, indépendamment du prix de marché. La TVA, elle, s’applique sur la valeur du produit vendu : quand les cours du pétrole montent, le montant de TVA collecté augmente mécaniquement.
Pourquoi baisser les taxes sur le carburant ne résout rien selon le rapport du CPO ?
Selon le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), diminuer les taxes sur le carburant apparaît comme une réponse inefficace et coûteuse face à la hausse des prix du pétrole. En pratique, l’augmentation des prix entraîne une baisse de la consommation, ce qui limite mécaniquement les recettes fiscales, annulant tout effet de « surplus » budgétaire.
De plus, ce type de mesure pèse lourdement sur les finances publiques. « Les expériences étrangères (Italie, Espagne, Portugal, Royaume-Uni) ou passées (TIPP flottante) montrent pourtant que les ajustements de la fiscalité de l’énergie ne se répercutent pas intégralement dans la consommation et l’investissement, ne permettent pas de cibler les ménages et les entreprises les plus exposés et sont difficiles à retirer », souligne le Conseil des prélèvements obligatoires.
Surtout, une baisse de fiscalité sur les énergies fossiles va à l’encontre des objectifs de transition énergétique en réduisant les incitations à modifier les comportements, note le conseil. Le CPO privilégie ainsi des dispositifs plus ciblés et temporaires, jugés à la fois plus soutenables économiquement et plus cohérents avec les enjeux climatiques.
Ce que préconise le CPO à la place
Plutôt que d’agir sur les taxes, le CPO recommande des interventions mieux ciblées.
À court terme, face à une hausse brutale des prix du carburant, des aides à la trésorerie ou des mesures budgétaires directes et réversibles sont jugées plus efficaces. Elles permettent de concentrer le soutien sur les professionnels et les ménages réellement exposés, sans distordre les signaux de prix pour l’ensemble de l’économie.
À moyen terme, la priorité n’est pas d’alléger la fiscalité du carburant, mais de la rendre plus cohérente. Cela passe notamment par l’alignement progressif de la taxation du gazole sur celle de l’essence, deux carburants aujourd’hui traités différemment.
Pour les entreprises, les secteurs à forte intensité énergétique exposés à la concurrence internationale bénéficient de tarifs réduits qui ont vocation à être maintenus, le temps que des alternatives technologiques crédibles et compétitives se développent. Il ne s’agit donc pas d’un démantèlement brutal, mais d’une révision progressive et conditionnelle, selon le CPO.