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Lutte contre le harcèlement sexuel dans les transports : lancement d'une nouvelle campagne

Jusqu’à fin mars 2018, des affiches seront mises en place dans le métro, sur les abris-bus et dans les transports de la région parisienne pour sensibiliser le public au harcèlement sexuel dans les transports et l’inviter à signaler ces comportements au 3117.

Ce lundi 5 mars 2018, Valérie Pécresse a dévoilé la nouvelle campagne de lutte contre le harcèlement dans les transports en commun. Cette campagne est le fruit d’un partenariat entre la SNCF, la RATP et la région Ile de France. De quoi s’agit-il ? Et comment est-elle accueillie ?

Lutte contre le harcèlement sexuel dans les transports : lancement d’une nouvelle campagne



Un numéro gratuit et une application pour donner l’alerte

Le numéro de téléphone 3117 existe déjà depuis 2010 en région parisienne et a été étendu à toute la France en juin 2013. Longtemps peu connue, la plateforme traite de plus en plus d’appels ; les signalements ont plus que triplé entre 2015 et 2017.

À ce numéro, il est possible de signaler non seulement des faits de harcèlement sexuel, mais aussi plus généralement toute situation anormale, une personne en danger, qui fait un malaise, qui subit ou est témoin d’une agression. Le signalement peut donc être fait par téléphone au 3117, mais également par SMS - souvent plus facile, car plus discret - au 31 17 7.

Une application appelée « alerte 3137 » est également téléchargeable gratuitement et permet par exemple de créer un profil avec son numéro de portable, son âge, son trajet habituel et le numéro d’une personne à prévenir en cas d’urgence. Sur la page d’accueil, un gros bouton rouge permet d’être mis rapidement en relation avec la plateforme du 3117.

Quatre autres touches concernent les échanges par SMS et invite l’utilisateur à préciser le problème auquel il fait face : « Alerte sécurité », « Santé et assistance », « Déclarer une incivilité », ou encore « Atteintes à caractère sexuel ». Il est ensuite possible d’expliquer ce qu’il se passe sur la page suivante.

Enfin, pour permettre une intervention de la police ou des secours plus rapide, la personne peut être géolocalisée grâce à son téléphone. Ces numéros sont accessibles 24 h/24 et 7/7 jours.

La campagne d’affichage

La campagne de sensibilisation dévoilée par la présidente du Conseil régional d’Île-de-France, Valérie Pécresse, affiche « Ne minimisons jamais le harcèlement sexuel. Victimes ou témoins, donnez l’alerte ! », et met en scène plusieurs femmes seules qui tiennent une barre de métro, menacées dans un environnement naturel par un requin, un loup ou un ours. Le texte s’accompagne des numéros d’urgence à utiliser et invite à signaler tout problème à un agent.

Mme Pécresse a décrit cette campagne comme étant « un peu choc pour faire ressentir la peur qu’ont les femmes quand elles sont dans les transports en commun. Ce ne sont pas les hommes qu’on stigmatise, ce sont les prédateurs ». Elle ajoute que le but est de « libérer la parole, inciter à témoigner et sanctionner les prédateurs ».

Cette démarche est également plébiscitée par Marlène Schiappa, secrétaire d’État en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui a estimé dans un communiqué que les collectivités aux compétences transports « ont un rôle majeur à jouer dans l’abaissement du seuil de tolérance de la société au harcèlement de rue en général et dans les transports en particulier ».

Une réaction mitigée des féministes

Pour la plupart des mouvements féministes, la campagne élaborée par la région Île-de-France rate clairement son objectif : montrer aux témoins d’agressions et de situations de harcèlement que les auteurs de ces violences ne sont pas des animaux prédateurs, mais des « messieurs Tout-le-Monde », de tous âges, de toutes origines et de toutes catégories sociales.

Sur Twitter, Valerio Motta, président du cabinet de conseil Nemo Claudit et ancien conseiller en communication de la secrétaire d’État chargée des Droits des femmes Pascale Boistard, explique : « Je suis assez réservé sur la nouvelle campagne de la région Ile de France sur le #harcèlementtransport. Évidemment, c’est toujours utile de mener campagne sur ce sujet. Mais le choix d’illustrer les agresseurs en animaux hostiles me pose question ». Il ajoute : « une des difficultés majeures qu’on a sur tous les sujets de violences faites aux femmes particulièrement sur les violences sexuelles est de faire comprendre qu’elles sont massives et qu’elles impliquent beaucoup d’hommes, de tous milieux sociaux ».

Il juge nécessaire une véritable prise de conscience et que chacun se pose la question du sexisme dans ses comportements au quotidien. « Pousser chacun à s’interroger sur son comportement, son sexisme, est déjà difficile. Je crains que le choix de représenter l’agresseur comme un animal sauvage n’aide pas : non pas qu’il faille les idéaliser ou les ménager, mais parce qu’il faut révéler que c’est M. Tout le Monde ».