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Prostitution et pénalisation des clients : bilan 2 ans après

En France, comme en Suède et en Irlande, l’État a fait le choix de sanctionner les clients et non pas les prostituées. 2 ans après l’adoption de la loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées, quel bilan peut-on en faire ?
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En France, depuis le 13 avril 2016, une loi sanctionne les personnes qui monnayent des services sexuels, autrement dit, les clients des prostituées. Deux ans après sa mise en place, les associations d’aide aux travailleurs du sexe en dressent un bilan plutôt positif.

Prostitution et pénalisation des clients : bilan 2 ans après



« Les prostituées sont désormais considérées comme des victimes de la prostitution »

Selon Sandrine Goldschmidt du Mouvement du Nid, la loi sur la pénalisation des clients a permis « un changement de regard sur la prostitution ». Elle a ajouté : « Les prostituées sont désormais considérées comme des victimes de la prostitution ».

D’autre part, Abolition 2012, un collectif qui regroupe une soixante d’associations, plébiscite le fait que « plus aucune personne prostituée n’a été arrêtée pour délit de racolage après le 13 avril 2016 et plus de 2 000 clients prostitueurs ont déjà été interpellés ».

Ces clients, pour rappel, risquent depuis deux ans maintenant une amende de 1 500 euros qui peut monter jusqu’à 3 750 euros en cas de récidive. Ils peuvent parfois être obligés, en prime, de suivre un stage de sensibilisation aux conditions de la prostitution.

« Parcours de sortie » aide les travailleurs du sexe à changer de vie

Cette mesure qui est entrée en vigueur à la fin du dernier trimestre 2017 permet aux prostituées d’obtenir un logement, des aides pour trouver un emploi, une aide financière et, pour les étrangères, une autorisation provisoire de séjour.

Jusqu’à présent, 55 personnes ont pu profiter de ce programme et être accompagnées dans leur changement de vie. En 2018, c’est 600 « Parcours de sortie » qui sont prévus.

« Pour les personnes qui en bénéficient, c’est formidable, car elles ont un avenir », a insisté Hélène de Rugy, directrice de l’Amicale du Nid.

Cette loi reste critiquée par une partie de la classe politique et d’autres associations de prostituées

Quelques reproches sont quand même formulés par certains sur les conséquences du nouveau texte de loi.

Le principal argument est une baisse des revenus des travailleuses et travailleurs du sexe, du a la diminution du nombre de clients comme l’expliquait Tin Leicester, coordinateur à Médecins du Monde l’année dernière : « La loi a entrainé une baisse des clients qui sollicitaient les travailleuses du sexe, notamment dans la rue. Et qui dit moins de clients dit moins de revenus, des difficultés à choisir ses clients, ce qui veut dire plus de rapports sans protection et plus de faits de violence ».

Un porte-parole du STRASS (Syndicat du Travail Sexuel) Thierry Schaffauser, avait également expliqué « Sous la pression, certaines filles acceptent le sexe non protégé ou partent exercer à l’étranger pour des proxénètes alors qu’elles étaient indépendantes. »

Pour contrer ces arguments, Abolition 2012 a publié sur son site internet un texte pour répondre aux « détracteurs de la loi » qui estiment que « les violences se seraient abattues sur les personnes prostituées depuis le 13 avril 2016 [et que] leur santé se serait subitement dégradée. »

Elle signale également que « la précarité, l’insécurité et un état de santé dégradé ont toujours été le lot quotidien des personnes prostituées ». Selon l’étude ProSanté de 2013, au moins 38 % des personnes prostituées avaient été victimes de viols (contre moins de 7 % pour les femmes en général), 51 % avaient subi des violences physiques, 64 % des violences psychologiques au cours des 12 derniers mois ».